Quel état des lieux des droits de l’Homme en Corée du Nord? La vision de l’Association d’amitié franco-coréenne

Deux de nos membres actifs ont rencontré le président de l’Association d’amitié franco-coréenne Benoît Quennedey, spécialiste des Corées, expert en relations internationales, afin d’approfondir la thématique des droits de l’Homme en Corée du Nord . Lors de cette interview, celui-ci a dressé un état des lieux des droits dans ce pays, tout en nous présentant l’association qu’il dirige actuellement. 

Pouvez vous nous présenter votre association ?

L’association d’Amitié franco-coréenne a été fondée en 1967 pour développer les échanges entre la France et à l’époque seulement la partie nord de la Corée ( la république démocratique de la Corée). Mais l’association s’est aussi intéressée aux questions de démocratie, de droits de l’Homme en Corée du Sud ; et en 1989 elle est devenue une association d’amitié avec toute la Corée.

Notre association a été fondée, comme il en existait avec d’autres pays d’origine dites de démocratie populaire, pour essayer de favoriser les échanges dans tous les domaines : politiques, culturelles…. pour essayer de favoriser la compréhension mutuelle.

Même si effectivement la Corée du Nord fait aujourd’hui la Une de l’actualité, présenté comme le dernier régime stalinien au monde ( qui au passage est une catégorie simplificatrice ), l’association si elle veut encourager les échanges, il faut qu’elle essaye de « dédiaboliser » le pays.

L’association s’est vite engagée dans des questions de paix, de réunification de démocratie en Corée, mais elle s’est aussi intéressée aux questions humanitaires en Corée du Nord à partir des années 1970. C’est en effet une période durant laquelle la Corée du Nord a connu une grande famine, et l’association a manifesté son souhait d’intervenir avec d’autres ONG comme le Secours populaire français.

Durant les années 2000 la situation a sensiblement évolué : d’une part parce que la France est devenu le dernier pays de l’UE qui n’a pas de relations diplomatiques complètes avec la Corée du Nord et d’autre part , parce que l’association a aussi été sollicitée par des personnes intéressées par les échanges, par des universitaires, par des journalistes…. Cela nous a amenés a développer un discours spécialisé et aussi à nous structurer : en comités régionaux, en comités thématiques…

Aujourd’hui, l’activité la plus régulières de l’association est sur le site internet, où il y a près de 2000 articles. Mais l’association est aussi un certain nombre de réunions, d’échanges avec la presse, des projets concrets puisqu’ils comprennent les questions humanitaires. C’est également des échanges de journalistes, de musiciens, de travailleurs humanitaires, de sportifs. On n’essaye pas de jouer un rôle de diplomatie parallèle mais au contraire, favoriser la compréhension. Nous partons d’une certitude : c’est que quand on ne veut pas comprendre la façon dont l’autre fonctionne, on l’isole, ce qui n’est pas bon pour les échanges et pour la paix du monde.

Point historique

Selon la tradition, la Corée a été fondée il y a cinq mille ans par Tan’gun, l’ancêtre de tous les coréens. La Corée du Nord est issue d’une unité étatique qui s’est fondée progressivement, affirmée à partir du Xème siècle. En 1910, le pays est colonisé par le Japon. C’est une date importante puisque le fondateur de la Corée du Nord, Kim Il-Sung, était un résistant japonais, ce qui est à l’origine de sa légitimité.

En 1945, lorsque la Corée redevient indépendante, les Soviétiques interviennent au Nord et les Américains au Sud, aboutissant à la fondation de deux états. Cette division de la Corée est une conséquence de la Guerre Froide, avec deux régimes antagonistes qui ne se reconnaîtront qu’au début des années 1990 et commenceront leurs premiers échanges en 1972, en vue de parvenir à une réunification du pays. C’est un pays qui n’est toujours pas dans un régime de paix permanente. La Corée du Nord a souffert de la disparition de l’URSS et de la démocratie populaire, principaux partenaires politiques et économiques. Ayant peur de subir le sort de l’Irak ou de la Libye, elle a développé l’arme nucléaire comme une assurance-vie. C’est un pays qui apparaît un peu comme hors du temps et surtout comme un produit de la Guerre Froide.

La Corée du Sud, a été un régime militaire avant de mettre en place un régime parlementaire, certes imparfait (des objecteurs de conscience sont encore emprisonnés, le Parti communiste interdit…), mais qui se rapproche globalement des régimes démocratiques occidentaux. La Corée du Nord, elle, apparaît comme figée dans le passé : c’est inexact. La famine des années 1990 a mis en place une économie de marché et un début de libéralisation de l’économie. C’est aussi un pays qui a aussi accepté de s’engager plus sincèrement sur la voie d’échanges inter-coréens. Demain, on peut l’espérer, ces échanges permettront peut-être une réunification.

Les droits de l’Homme en Corée du Nord

Ça fait partie des marronniers des médias, et à mon avis c’est un sujet qui nécessite autre chose que ce traitement sensationnel. Des journalistes comme Marie Ann Jolley ont montré que ces témoignages sont parfois un peu fantasmés, comme celui de Yeomni Park par exemple. En gros, c’est une réalité qui n’est pas seulement telle qu’elle l’a vécue, elle en fait « commerce », si je puis dire.

Il est évident que la Corée du Nord est un régime qui vit sous un état de pied de guerre, très monolithique, une caractéristique que l’on retrouve dans l’ensemble de la culture coréenne et même au-delà. C’est un pays de culture confucéenne avec le respect de l’autorité, des anciens, des ancêtres. C’est aussi un pays qui a choisi une forme de démocratie populaire. Elle a concilié ces deux héritages pour faire de ce régime une exception totalement éloignée de notre culture occidentale.

La question des droits de l’Homme en Corée du Nord doit être posée de façon très concrète, en envisageant les droits de base de la population (la question alimentaire, la façon dont les gens vivent), puis la question politique des droits personnels et enfin, des questions beaucoup plus spécifiques, thématiques telles que les droits des personnes handicapées, les droits des femmes…

À l’AAFC, nous ne croyons pas aux leçons, à une vérité imposée de l’extérieur. Dire aux coréens, très jaloux de leur souveraineté, comment ils devraient faire, serait vu à la fois comme un empiètement sur cette souveraineté mais aussi comme une forme de néo-impérialisme. Nous travaillons sur des questions ponctuelles ou sur des situations d’urgence. On a travaillé assez tôt sur des questions humanitaires avec le Secours populaire français, pour essayer d’encourager des aides d’urgence quand il est apparu que le pays n’était plus en mesure de nourrir sa population. Notre action a été d’encourager des collectes de fonds, encourager des ONG à venir puisque nous ne sommes pas une fondation humanitaire, soit en cas de catastrophe climatique, soit sur le long terme, avec des coopérations agricoles par exemple. Nous avons distribué des semences de betteraves, envoyé du bétail…

Également, nous n’avons pas eu un discours global critique. Nous avons choisi des thèmes spécifiques pour engager des actions qui pouvaient être faites. Nous avons travaillé en 2015 avec une ONG britannique qui voulait aider les jeunes handicapés en Corée du Nord. Ils ont ainsi mis en place des troupes artistiques composées de ces jeunes, en France, hébergés à Paris avec l’aide de l’Institut National des jeunes sourds. Cela leur a permis de faire des spectacles, d’avoir des contacts avec d’autres associations comme l’Association des paralysés de France…

Enfin, un certain discours sur les droits de l’Homme peut avoir un effet inverse à celui désiré. Un certain nombre d’ONG dans les années 1990 ont quitté la Corée du Nord car elles n’avaient pas accès à toutes les zones. C’est fréquent dans d’autres pays. Nous souhaitons éviter des actions qui vont entraver le fonctionnement des ONG. L’ONU, avec les sanctions mises en place à l’automne 2017, a pour objectif de gêner le travail des entreprises, coupant la Corée du Nord des circuits financiers internationaux. Or je pense que toute sanction finit par toucher la population en ayant une incidence directe sur le travail des ONG. Ces discours de sanctions non seulement ont des conséquences catastrophiques, pouvant tuer jusqu’à soixante mille enfants en Corée du Nord, mais en plus gênent le travail de ceux qui pourraient venir apporter une aide. C’est contradictoire. Il faut pouvoir collaborer avec les autorités en place. C’est aussi l’une de nos actions en terme de communication, afin d’éviter d’aller à contre courant de l’objectif recherché.

Quelles perspectives pour la Corée du Nord ?

La Corée du Nord n’a pas une société figée. Je le vois par exemple vis-à-vis des guides-interprètes accompagnant les étrangers, qui avant, parlaient très rarement de leur vie privée, ce qui a évolué aujourd’hui. Ce qui est marquant, c’est une grande curiosité, un intérêt pour les nouvelles technologies, et des éléments d’appartenance à une communauté coréenne avec des valeurs communes, comme l’importance de la famille, le respect de la hiérarchie (la grande majorité des Nord-Coréens n’ont pas de discours critique vis-à-vis du dirigeant, considérant qu’il s’agit du pays qui les a nourris et élevés). On a le sentiment que la base de la société évolue, les gens voient les choses progressivement différemment. Auparavant, ils vivaient dans la  frugalité. La nouvelle génération, elle, connaît une forme de souplesse, de détente. Par exemple l’éducation politique est omniprésente, mais aujourd’hui il est possible d’y échapper : cela montre que la société se diversifie. De même, si le divorce reste négativement connoté, il n’est pas aussi tabou qu’auparavant.

Le discours le plus net, au niveau des autorités, est le développement d’une autonomie et d’une indépendance qui passait par l’arme nucléaire, et le développement économique. Elles veulent mettre en place leurs propres structure pour ne pas dépendre des pays étrangers.  La question des droits de l’Homme doit se voir dans un contexte global. On peut voir une forme d’ouverture politique. Demain, peut-être que le pays peut évoluer vers un système de paix, de sécurité collective, appelé à se normaliser, peut-être suivant un exemple tel que le Vietnam. L’autre schéma serait celui d’un effondrement tel qu’on l’aurait vu avec la RDA. Pour moi, la Corée du Nord ne doit pas être vue comme statique, du passé, mais comme un modèle né de caractéristiques très particulières. Ma conviction est qu’en laissant les Coréens décider de leur propre destin, le pays a vocation a s’insérer sur la scène internationale, ce qui est dans l’intérêt de la population.

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L’exil des Rohingyas…Itinéraire d’une minorité persécutée.  

Le 28 novembre 2017, le Pape François s’est rendu en Birmanie où il a entendu défendre le « respect de tout groupe ethnique ». Et pour cause, la Birmanie est responsable, selon les Nations Unies, d’une véritable « épuration ethnique » à l’égard de la communauté rohingya, minorité musulmane dans un pays où la population est constituée à 90% de bouddhistes – religion considérée comme consubstantielle à la nationalité birmane.

photo pape aung san suu kyi

Rencontre entre le pape François et la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi le 28 novembre 2017. Crédits photographiques : AFP/ PHYO HEIN KYAW 

 

Les persécutions dont sont victimes les Rohingyas posent la question – tristement récurrente – du respect des minorités. L’actualité internationale est ainsi sans cesse ponctuée de tensions animant des communautés coexistant sur un même territoire dont les délimitations géographiques, mais aussi culturelles sont débattues. En effet, les revendications des minorités sont diverses et ne se limitent pas aux seules réclamations territoriales :

  • Respect de leur langue ou de leurs pratiques religieuses (minorité copte d’Egypte qui fait l’objet d’une série d’attaques terroristes, notamment de la part de l’Etat islamique depuis 2011).
  • Revendications économiques sur le partage des ressources naturelles et sur l’accès à la terre (conflits récurrents sur le territoire malien entre les minorités peuls et bambaras pour l’accès aux ressources – eau et pâturages).
  • Création d’un Etat indépendant (référendum pour l’indépendance du Kurdistan irakien organisé le 25 septembre 2017).

S’il était largement passé sous silence, le cas des Rohingyas fait l’objet, depuis septembre 2017, d’une réelle inquiétude internationale après que l’ONU a qualifié la situation d’« épuration ethnique ». Pourtant, les répressions dont ils sont victimes ne sont pas récentes et remontent au contraire au XIXe, alors qu’une partie de la communauté musulmane – dont font partie les Rohingyas – occupe la partie ouest du pays, l’Arakan. A cette époque, les britanniques étendent leur empire colonial sur le territoire birman, et profitent de la présence de la minorité pour employer une main d’œuvre bon marché susceptible de développer leur influence sur le pays, jusqu’à l’indépendance de ce dernier en 1948. Toutefois, ce concours alimente l’hostilité de la communauté bouddhiste à l’égard des musulmans qui s’exprimera à travers des exactions de diverses natures menées à l’encontre des Rohingyas, à l’instar des violences perpétrées en 1978 par l’armée birmane à l’occasion d’une opération de recensement.

Progressivement, les Rohingyas sont privés de leurs droits civils fondamentaux. En 1982, une loi édictée par le pouvoir militaire en place vient limiter la reconnaissance juridique des groupes ethniques présents sur le territoire national aux seules communautés présentes avant 1823, dont les Rohingyas ne feraient pas partie en ce qu’ils seraient majoritairement arrivés au moment de la colonisation britannique. Les conséquences de cette législation seront sans appel : les membres de la communauté perdent leur citoyenneté et ainsi l’ensemble de leurs droits fondamentaux et voient leurs libertés, leur accès au marché du travail comme à l’éducation considérablement restreints. Ainsi privés de toute reconnaissance juridique et politique, les Rohingyas continuent de subir les répressions de l’armée birmane jusqu’à ce que celles-ci dégénèrent en véritable « épuration ethnique », à la suite de d’attaques perpétrées, en octobre 2016, par des militants de l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan (ARSA) contre des campements armés birmans. Les représailles qui s’ensuivent entrainent alors le l’exil de plus de 620 000 Rohingyas au Bangladesh voisin.

A group of Rohingya refugee people walk towards Bangladesh after crossing the Bangladesh-Myanmar border in Teknaf

Des réfugiés rohingyas traversant la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh à Teknaf (Bangladesh). Crédits photo : REUTERS/Mohammad Ponir Hossain

Au regard de l’urgence de la situation, la communauté internationale s’est offusquée du silence de la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi dont le titre de Prix Nobel de la Paix est aujourd’hui symboliquement remis en cause bien qu’un recours ne soit réellement possible – elle l’avait obtenu en 1991 pour son combat contre la junte militaire. Néanmoins, il est important de rappeler que l’autorité de la dirigeante est limitée par l’influence persistante de l’armée au sein du pays dans la mesure où les militaires continuent d’occuper, conformément à la Constitution, une place centrale au sein des institutions birmanes.

Face à l’enlisement du conflit, de son internationalisation (franchissement de la frontière entre la Birmanie et le Bangladesh) et à l’apparente impuissance des instances nationales, la communauté internationale semble se résoudre à agir malgré des années d’inaction. Aussi est-il possible de relever que le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, a annoncé que les Etats-Unis, après s’être opposés à la prise de sanctions économiques à l’encontre de la Birmanie, envisagent désormais d’éventuelles « sanctions ciblées ». Toutefois, les témoins internationaux de ce massacre restent discrets sur le sujet, en témoignent les précautions prises par le pape François lors de son déplacement en Birmanie la semaine dernière. En effet, lors de son discours, le responsable de l’Eglise catholique s’est gardé d’employer le terme de « Rohingyas » dont la connotation politique et juridique est trop forte et risquerait d’entrainer des représailles à l’égard de la communauté catholique birmane.

Partant de ce constat, il est possible de remettre en question les capacités d’action réelles des instances internationales face à de telles situations de crise humanitaire. Si les freins politiques à toute intervention sont d’ores et déjà nombreux, le seul cadre juridique international constitue déjà en lui-même un obstacle à la mise en œuvre de médiations de la part de la communauté internationale. En effet, il n’existe à ce jour aucune définition clairement intelligible du terme de « minorité » en droit international public, limitant ainsi le cadre de l’action des Nations Unies qui est tributaire de son adéquation avec les critères posés par le droit. C’est ainsi que ni le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966), ni la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales (1995) ne pose des critères précis de qualification d’une minorité. En réalité, le cadre juridique international se trouve dans une situation ambiguë, tiraillé entre la nécessité d’assurer le respect de la diversité des groupements humains et celle de protéger l’intégrité des territoires contre le risque de sécession.

Aussi, l’essentiel du règlement de ces conflits continue-t-il de se régler à l’échelle nationale ou régionale, en témoigne la signature, le 23 novembre dernier, d’un accord entre la Birmanie et le Bangladesh prévoyant le retour de réfugiés rohingyas dont les contours restent néanmoins très imprécis…

Liliana Cornetta.

La menace de poursuites pénales internationales : le bilan des violations en matière de Droits de l’Homme en Corée du Nord

Ce vendredi 27 mars 2015, s’est réuni le Conseil des Droits de l’Homme des nations unies, pour discuter de la situation notamment préoccupante des Droits humains en Corée du nord. Il s’en suit l’adoption d’une résolution pour prolonger le mandat du rapporteur spécial d’un an, afin de poursuivre l’enquête sur l’état de ces violations dans le régime nord-coréen. Ce projet de résolution porté par l’Union européenne, le Japon, ainsi que les Etats Unis, renforce cette volonté d’action internationale à l’encontre de l’état nord-coréen. Ainsi, se profile une menace autour de la Corée du nord : celle d’une plainte pour crime contre l’humanité déposée à l’encontre du régime et de son dirigeant Kim jong Un devant la cour pénale internationale.

La question des enlèvements internationaux, le problème des réfugiés, et d’un régime autoritaire étouffant toute once de démocratie, interpelle la Communauté internationale. Et cela renforce davantage l’isolement de Kim jong Un et son régime. L’image tant désirée d’une démocratie nord-coréenne idéale continue de s’effriter face à l’augmentation de la pression internationale.

Drapeau

Un régime autoritaire anti-démocratique : la dynastie Kim et l’incompatible existence de libertés et de droits humains en Corée du nord

En 2011, Kim jong Un succède à son défunt père Kim jong il, à la tête du parti des travailleurs, c’est-à-dire de la République populaire démocratique de Corée. Cette appellation ne reflète cependant pas la réalité du régime nord-coréen à la façade communiste et démocratique. Très profondément influencé par la doctrine stalinienne et maoïste, le parti se dit révolutionnaire et socialiste. Malgré cela, d’importantes discriminations sont crées par le système de caste songbun et aggravé par le marasme économique qui plonge la population dans des situations graves de pauvreté. Ce régime, aux troublantes similitudes avec le régime stalinien, se constitue d’un parti unique au pouvoir, d’une propagande abusive louant le régime ainsi que du culte de la personnalité du dirigeant Kim jong Un. L’absence de démocratie est illustrée par cette allégeance à ce que certains surnomme la « Dynastie des Kim », inscrite dans le statut du parti en juin 2013 : << la révolution nord-coréenne s’en remettra pour toujours à la glorieuse lignée des Kim.>>

À la tête de cette monarchie non-officielle, Kim jong Un, adulé par une population brimée, est plus moderne que son père et s’engage d’avantage encore que son prédécesseur Kim jong Il dans une politique d’état militariste, symbole d’un parti dictatorial qui n’accepte aucune divergence d’opinion politique. L’endoctrinement est extrêmement fort en Corée du nord où tout est régulé et presque tout interdit. Par exemple, un nord-coréen n’a pas le droit de regarder des films occidentaux s’agissant d’un crime passible de prison. Le succès du régime des Kim réside dans cet asservissement physique à travers une politique d’état policier implanté dans le milieu intellectuel. En effet il s’agit d’une population obligée au degré le plus intime de sa personne de louer le régime et son dirigeant. <<J’espère que notre fils pourra être une arme au service de notre maréchal Kim Jong-un>> s’exclama un père nord-coréen en parlant de son fils à des journalistes français lors du reportage d’Envoyé spécial diffusé sur France Info. C’est une pensée banale en Corée du nord où le régime passe avant l’individu. C’est ce qu’illustre le système songbun, dont la doctrine rend difficile le respect des droits humains. Ce système consiste en la classification des individus en fonction de leur naissance et de la classe sociale qui leur est assigné par l’État. De plus, cette doctrine comprend aussi une classification effectuée selon les opinions politiques et la religion des nord-coréens. L’essence même du système compromet toute possible reconnaissance de l’individu et de ces droits humains et libertés, constat réaffirmé lors de la session du 27 mars du Conseil des Droits de l’Homme.

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Des violations systématiques illustrant l’absence d’un système de protection des Droits des nord-coréens face à l’État

Ces violations de Droits de l’Homme sont systématiques et constantes. D’une part, la vie des individus est contrôlée : la nourriture, les vêtements et l’eau sont distribués aux foyers directement par le parti ce qui crée un rapport de sujétion quasiment total. Pourtant d’importants problèmes de famine ont été signalés car le gouvernement coréen privilégie l’armement dans sa distribution du budget. Si Kim jong Un permet un meilleur développement à l’État, la majorité de la population vit dans des conditions précaires.

D’autre part il existe une importante répression des nord-coréens perpétuée par le pouvoir en place. Notamment à travers la généralisation de procédés tels que la torture, l’incarcération dans des camps, le viol ou la mise à mort. Ainsi la liberté de circuler d’une ville à une autre, mais également de choisir son foyer n’existe pas dans la dictature Kim. Parmi ces trop nombreuses violations il y a la question du statut des travailleurs nord-coréens à l’étranger. Ceux-ci sont dans une situation d’esclavage moderne, forcés de s’expatrier par le parti, et vivant dans des conditions presque inhumaines.

La conclusion de ces violations, semble être l’inexistence de droits fondamentaux civiques et politiques qui ainsi permet la pérennité du régime. Toutes ces violations sont aussi jointes par des problèmes internationaux : ceux des enlèvements d’étrangers sur le territoire nord-coréen, ainsi que de la situation des réfugiés nord-coréens. L’ONU a tiré le signal d’alarme sur le problème des enlèvements, soutenu par le Japon et la Corée du Sud dont des ressortissants n’ont plus donné signe de vie depuis leur arrivée sur le territoire nord-coréen. Il y a également le cas d’Hyeon Soo Lim, un pasteur canadien ayant laissé ses proches sans nouvelles depuis son arrivée en Corée du nord. Ces accusations d’enlèvements sont démenties par le parti, évidemment. Cela démontre la conviction du régime d’une impunité certaine devant les actes qu’il commet sur son territoire.

De plus la situation des personnes tentant de fuir la Corée du Nord est préoccupante. Selon la Convention de Genève de 1951 et les protocoles de 1967 relatifs au statut des réfugiés, les états ont une obligation de non-refoulement des individus. Cela signifie que tout individu dont la vie ou la liberté est menacée par l’état qu’il fuit en raison de critères ethniques, religieux ou de convictions politiques, ne peut être rapatrié ou se voir refuser le droit d’entrer dans le pays.

Néanmoins cela n’est pas respecté par certains états qui souvent opèrent un rapatriement forcé de ces individus avant qu’ils n’aient pu demander le statut de réfugié. Ils sont ainsi exposés à de lourdes répercussions lorsqu’ils sont à nouveau sur le territoire nord-coréen. Des ONG telles que Human Rights Watch dénoncent ces pratiques presque complices de la politique nord-coréenne à l’égard de ces citoyens et violant des règles du droit international.

Pyongyang-Railway-Station-2014

Complications diplomatiques : une menace inapplicable à l’encontre de la Corée du nord ?

La Corée du Nord est membre de la plupart des organisations internationales; pourtant les relations diplomatiques s’avèrent difficiles avec l’Occident. En outre, les États-Unis et le Japon n’ont pas de relations diplomatique avec la Corée du nord. C’est également le cas de la France et de l’Estonie, les deux seuls états de l’Union Européenne dans cette ligne de conduite. Malgré cela le régime nord-coréen a des relations avec plus de 150 pays et est membre de quelques traités internationaux. Il fut membre entre autres du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, qu’il a rapidement quitté.

En effet le régime de Kim jong Un s’est recentré autour d’une importante politique de militarisation et d’armement. Ainsi en 2014, plus de cent missiles auraient été tirés par la Corée du Nord selon le Wall street journal. Pyongyang fait alors se succéder les provocations à l’encontre de l’Occident, rendant encore plus fragiles les relations diplomatiques établies. Parallèlement, les principaux alliés de la Corée du Nord sont deux grandes puissances : la Chine et la Russie. Alliés de longue date, depuis la guerre de Corée (1950-1953) notamment, ces états se rapprochent à nouveau du régime nord-coréen face à l’augmentation de la pression internationale.

Cela ne facilite pas les actions humanitaires et d’autant moins la fin des violations des Droits de l’Homme dans le pays. En effet il est compliqué pour les ONG et missions humanitaires d’accéder au territoire et d’apporter un soutien à la population. Ce rapprochement Russie-Corée du nord préoccupe également. En effet, la Russie a invité le 9 mai prochain, le dirigeant Nord Coréen, à venir participer aux évènements de commémoration de la victoire sur le régime nazi en Russie. Kim Jong Un, effectuera ainsi son premier déplacement officiel à l’étranger, ce qui marquera son entrée officielle sur la scène internationale. Ce rapprochement fait craindre le renforcement d’un sentiment d’impunité de la Corée du nord et nuance l’importance de la pression internationale sur le pays.

Le Conseil des Droits de l’Homme avait déjà, en 2014, recommandé qu’une plainte soit déposée devant une cour internationale pour dénoncer les violations des droits de l’homme perpétuées par le régime nord-coréen. En 2015 cette volonté se confirme avec la qualification de crimes contre l’humanité qui permettra peut-être une action en justice devant la Cour pénale internationale. Néanmoins la Corée du Nord n’est pas partie au statut de Rome. Ainsi, pour être jugée devant la Cour pénale internationale, il faudra d’abord que l’affaire soit portée devant le Conseil de sécurité qui votera pour décider ou non de porter celle-ci devant la Cour; et l’étau diplomatique se fissurera alors. En effet les principaux alliés du régime, la Russie et la Chine, possèdent tous deux un droit de véto au Conseil de sécurité, ces menaces pourraient alors devenir vaines.

Mais alors comment agir à l’encontre de ces violations et y mettre un terme ? Dans un régime où il est interdit d’avoir des opinions dissidentes avec le gouvernement en place sous peine de subir soi-même et trois générations de sa famille la peine capitale, il ne peut exister de Droits de l’Homme ou de libertés. Constat encore et toujours nié par un régime toujours plus provocateur et autoritaire qui qualifie le projet de résolution déposé à l’ONU le 27 mars 2015 de << nouvelle provocation sans précédent et tout à fait intolérable.>>

Ceiling by Miquel Barceló.

Sources :

  • Understanding human rights in North Korea,1997, The Institute of unification policy, Hanyang University.