LE QUOTIDIEN DES ALBINOS EN AFRIQUE DE L’EST : DES MYTHES A LA PERSECUTION

« Je suis un mauvais sort. […] Rends-moi riche. […] ça ne me plaît pas de vous déballer toutes ces horreurs sur ma vie […], mais les stigmates sur mon corps susciteront toujours la curiosité : cette jambe qui n’est plus là, ainsi que ces deux phalanges du majeur et de l’annulaire de ma main droite qui ont disparu. Je n’ai qu’un souhait, tourner la page, aller de l’avant. Cependant une pensée m’obsède, j’ignore encore comment les êtres humains sont capables de faire tant de mal à d’autres êtres humains. »

Cette citation est extraite du livre autobiographique « Je ne suis pas un Talisman » de Bibiana Mbushi, une fillette tanzanienne albinos de sept ans, démembrée chez son oncle en 2007, dont l’histoire a fait le tour du monde et qu’elle nous raconte dans ce livre.

L’albinisme est une maladie génétique, se caractérisant par une production insuffisante de mélanine, un pigment qui colore la peau, mais aussi les yeux, les poils et les cheveux. Ainsi, les personnes atteintes d’albinisme naissent avec une peau et des cheveux très blancs, d’où le terme d’albinisme, qui vient du latin « albus » qui signifie blanc. Les albinos souffrent également de déficiences visuelles importantes du fait de cette insuffisance de mélanine.

Assez peu présente en Europe (environ un cas d’albinisme sur 20 000 habitants), cette maladie est en revanche particulièrement présente en Afrique. En effet, dans certaines zones du continent, le ratio peut atteindre une personne sur 1400 environ touchées par cette maladie, ce qui est le cas en Tanzanie par exemple.

Des hommes et des femmes blancs, dans une population majoritairement noire : l’albinisme a alimenté des mythes tout aussi incroyables que macabres. Dans des pays comme le Malawi ou la Tanzanie, la sorcellerie est encore pratiquée. Les guérisseurs, appelés waganga en swahili en Tanzanie, attribuent aux corps des albinos et à leurs organes, des vertus magiques, utilisés pour fabriquer des philtres, censés guérir des maladies, ou encore porter chance en affaire ou en politique.

« Ces attaques sont liées à la sorcellerie. On attribue à leur corps, à leur peau blanche, à leurs mains, leurs pieds des pouvoirs magiques comme un gri-gri qui permet d’obtenir pour soi, quelque chose que l’on recherche : gagner une élection, de l’argent » explique l’anthropologue et spécialiste de la Tanzanie, Marie-Aude Fouéré (de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales).

« Des albinos ont été tués, mutilés, on les a découpés en morceaux parce qu’on pensait que nos corps, pouvaient rendre les gens riches », raconte Josephat Torner, militant albinos tanzanien, dans un reportage d’ARTE « Tanzanie : l’enfance volée des albinos ». Des fillettes albinos sont enlevées et violées par des hommes atteints du SIDA, croyant qu’avoir des rapports sexuels avec une personne atteinte d’albinisme pourrait guérir de la maladie. Des bébés sont mutilés afin de récolter leur sang et fabriquer des élixirs : le corps de « Yohana Bahati, un bebe albinos de 18 mois, enlevé samedi dans le nord de la Tanzanie, a été retrouvé mutile dans une forêt, a annoncé la police le mercredi 18 février […] Ses bras et jambes ont été amputés, selon le chef de la police de la région de Geita » (Article Le Monde, 18 Février 2015)

Menacés de « disparition méthodique » au Malawi selon l’ONU, les albinos sont victimes… d’une véritable chasse à l’homme, contraints de vivre dans la peur ou de fuir leurs villages pour échapper à la mort « Il a fallut que je me cache, que je vive dans la peur. Tu ne connais plus de vie normale, quand tu apprends que quelqu’un est après toi et te chasse », raconte Josepha Torner.

Des corps d’albinos vendus pour fabriquer des élixirs, mais qui peuvent être les clients ? Vicky Ntetema, directrice d’Under The Same Sun, ONG canadienne défendant le droit des albinos en Tanzanie, évoque l’implication des élites politiques et économiques dans les meurtres d’albinos, en raison des prix exorbitants que peuvent atteindre la vente d’un corps d’albinos. Certains candidats dit-elle, croient en la sorcellerie et aux pouvoirs magiques des corps des albinos, qui les aideraient à remporter les élections, et leur apporteraient chance en affaires.

Des chiffres ont également montré la croissance du nombre d’attaques perpétrées envers les albinos à l’approche de scrutins dans ces pays. « Swaziland : les albinos dans la peur des crimes superstitieux avant les élections », pouvait-on lire dans un article de Agence France Presse du 29 Mai 2013.

La vente des membres du corps d’albinos est devenue un véritable trafic d’organes, un marché informel « aux juteux bénéfices », pour reprendre les termes d’un article du Parisien « Albinos en Tanzanie : une vie de stigmatisation et de violence ». Selon l’ONU, La vente d’un membre ou d’un organe d’un albinos peut rapporter jusqu’à environ 600 dollars, et le corps entier… jusqu’à 75 000 dollars. « A la racine du mal, il y a une extrême pauvreté dont se nourrissent, ici comme ailleurs, les fondamentalismes religieux. », raconte Noaz Desher, le réalisateur du film choc et bouleversant White Shadow, tourné en Tanzanie sur le trafic d’organes d’albinos dans ce pays, qui nous met dans la peau d’un jeune albinos pourchassé.

Des sommes non négligeables, dans des pays touchés par une forte pauvreté, où les membres d’une famille peuvent être complices de ce commerce macabre : « tout est convoite chez un albinos, mort ou vif : les membres, le cœur, la peau, les cheveux, les ongles, les organes génitaux, les yeux, la langue, etc. Avec la complicité de l’entourage, parfois même celle des membres de la communauté ou de la famille » (extrait de l’article « En Afrique subsaharienne, les albinos entre déni d’humanité et déification »).

S’ils ne sont pas pourchassés ou tués, les albinos du fait de la stigmatisation dont ils sont victimes, vivent dans la marginalisation et l’exclusion sociale, éducative ou encore professionnelle : « les meurtres sont la pointe, atroce, d’un iceberg, la face la plus visible d’un problème de société bien plus profond. » confie Harry Freeland, réalisateur du film In the Shadow of the Sun .

Les populations albinos ont très peu, voire pas du tout, accès à l’éducation ou encore aux soins médicaux, qui sont pourtant très importants pour les albinos : particulièrement sensibles aux rayons ultraviolets et sujets aux cancers de la peau, seuls 2% des albinos dans des pays comme la Tanzanie atteignent l’âge de 40ans. S’ils ont la chance d’aller à l’école, leurs besoins spécifiques dus à leur déficience visuelle aggravés ne sont pas forcément pris en compte : l’albinisme reste aujourd’hui, une maladie largement mal comprise. L’albinos est « tout à la fois évité, rejeté, marginalisé et courtisé ». Et dans certains pays et certaines régions, les albinos sont au contraire très respectés, même vénérés : dans la région de Brong Ahafo, au centre du Ghana par exemple, une divinité, nommée Kwaku est albinos et son sanctuaire porte le nom de Kwaku Firi Shrine.

Une population albinos marginalisée, contrainte parfois même à vivre isolée du monde extérieur, dans des camps. Le reportage d’ARTE  Tanzanie : l’enfance volée des albinos , nous emmène aux côtés de ces enfants albinos, que le gouvernement isole dans des camps, à l’écart du monde, loin de leurs parents et de leurs familles, qu’ils ne sont pas sûrs de pouvoir rejoindre régulièrement. Le reportage montre que pour que ces enfants puissent retourner dans leur village voir leurs familles, le gouvernement doit délivrer une autorisation jugeant si la zone en question est trop dangereuse ou non pour l’enfant.

Retourner voir leur famille… lorsque ces enfants albinos ont la chance d’en avoir une. Beaucoup d’entre eux ont été abandonnés dans ces camps. Avoir un enfant albinos peut-être synonyme de honte, une malédiction dans ces pays, leur famille préférant ainsi les abandonner, voire même les tuer.

Ce documentaire d’ARTE retrace également le combat de Josephat Torner, militant albinos tanzanien cité plus haut dans l’article. Il mène un combat quotidien en Tanzanie pour lutter contre les traitements infligés aux albinos. « Mon ambition, mon rêve, c’est de permettre à tous les albinos de vivre comme tout le monde, parce que nous sommes des africains », raconte-t-il dans le reportage ARTE. Lui-même albinos, il a connu les persécutions dont est victime cette population : « À ma naissance, la communauté a voulu m’empoisonner mais ma mère s’y est opposée ». Il rend régulièrement visite aux enfants maintenus dans ces camps dont il ne faut pas prononcer le nom en Tanzanie : « C’est très très important pour moi de visiter ces centres, de leur donner espoir, qu’un jour viendra ils seront libres. Ces enfants n’ont rien fait de mal, et pourtant ils vivent à l’écart du monde ». Josepha Torner milite activement pour un changement des mentalités en Tanzanie, en passant par un dialogue direct avec les guérisseurs, qui véhiculent ces croyances sur les albinos, et mise également beaucoup sur l’éducation, et participe à des missions de sensibilisation auprès des communautés et des villages. Il participe également à des négociations avec le gouvernement, au nom de l’ONG « La société tanzanienne des albinos », dont il assure la communication.

Pour finir, voici quelques exemples de mesures juridiques ou symboliques adoptées pour lutter contre la persécution des albinos

  • Gouvernements nationaux

– Les gouvernements Malawite en Juin 2016, et Tanzanien et 2015, ont tous deux, interdit la sorcellerie dans leurs pays respectifs.

– En 2015, la Tanzanie a également nommé pour la première fois un ministre albinos, Abdallah Possi, pour tenter de faire évoluer les mentalités sur l’albinisme dans le pays.

  • ONG, associations locales et internationales

Under the Same Sun (UTSS), une organisation non gouvernementale ayant des bureaux en Tanzanie et au Canada, distribue du matériel éducatif dans les écoles en Tanzanie.

L’ONG Standing Voices milite pour l’intégration sociale de minorités opprimées. En Tanzanie, elle travaille auprès des personnes atteintes d’albinisme et a lancé un programme de prise en charge des cancers de la peau chez les personnes atteintes d’albinisme

  • Parlement européen

« Ces personnes sont victimes de certaines des formes les plus extrêmes de persécution et de violation des droits de l’homme, allant de la discrimination sociale généralisée, des insultes et de l’exclusion des services publics à l’assassinat, à l’enlèvement, au viol et aux mutilations », ont alarmé les eurodéputés dans une résolution adoptée à Strasbourg, appelant les gouvernements africains concernés à prendre des mesures notamment en s’attachant aux « causes profondes de ces discriminations et de ces violences au moyen de campagnes de sensibilisation de la population »

  • Organisations internationales

– Le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies a adopté en 2013, une résolution appelant les Etats à prendre d’urgence toutes les mesures nécessaires pour assurer laprotection effective des personnes albinos et des membres de leurs familles et a diligenter des enquêtes impartiales, rapides et effectives sur les attaques contre les personnes albinos […], afin de déférer les responsables devant la justice et d’assurer aux victimes, comme aux membres de leurs familles, l’accès a des soins adaptés ».

– En 2015, s’est tenue la première « Journée internationales de sensibilisation à l’albinisme » créée par l’ONU, et se tenant chaque année le 13 Juin. Cette journée est l’occasion de sensibiliser les populations à la maladie, pour lutter contre sa méconnaissance et tous les préjugés qui y sont associés, et une journée également d’appel aux dons pour la recherche sur la maladie.

  • Culture

Des films comme « White Shadow » ou « In the Shadow of the Sun », sont des films tournés en Tanzanie, ont pour but de montrer aux yeux de tous, la réalité du quotidien des personnes atteintes d’albinisme. L’objectif est de sensibiliser les populations à la cause des albinos, et de faire évoluer les mentalités sur le sujet « L’objectif du film était de montrer que les personnes atteintes d’albinisme sont des êtres humains, d’enseigner aux populations qu’une personne atteinte d’albinisme demeure avant tout un être humain, ayant les mêmes droits que tous », raconte Harry Freeland.

Rédaction : Lucie DE LAPORTE.

Sources

https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Pourquoi-les-albinos-sont-ils-persecutes-en-Tanzanie-2015-03-12-1290285

https://www.nationalgeographic.fr/photography/2018/02/le-quotidien-des-enfants-albinos-en-tanzanie

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/albinos-en-tanzanie-une-vie-de-stigmatisation-et-de-violence-07-04-2015-4671893.php

https://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2015/04/07/etre-albinos-tanzanie

https://www.youtube.com/watch?v=gny1-ipgNc8

https://www.ouest-france.fr/monde/afrique/afrique-les-deputes-europeens-sopposent-la-persecution-des-albinos-4352736

http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/albinos-en-tanzanie-une-vie-de-stigmatisation-et-de-violence-07-04-2015-4671893.php

https://www.fondationpierrefabre.org/fr/suivre-notre-action/albinisme-interview-de-harry-freeland-fondateur-de-standing-voice

https://www-cairn-info.ezproxy.univ paris1.fr/article.php?ID_ARTICLE=ERES_GARDO_2016_01_0027&DocId=55515&hits=8995+8988+8987+8986+8984+8983+8982+8980+8979+8977+22+12+11+10+8+7+6+4+3+1+

– Photo : Flickr

 

 

Publicités

Inégalités et persécutions des personnes atteintes d’albinisme en Tanzanie : Une minorité en danger

L’albinisme est une maladie génétique pouvant potentiellement viser toute personne sans distinction de sexe ou d’origine ethnique. Le sujet traité dans cet article est celui de l’albinisme oculo-cutané ou albinisme total. Celui-ci se distingue de l’albinisme oculaire qui ne touche que les yeux. Les personnes atteintes de cette maladie ont, pour symptôme, une absence de mélanine dans leur corps. Ceci se traduit par une dépigmentation totale de la peau mais aussi des poils et des cheveux. Dans les pays occidentaux une personne sur 20 000 est atteinte d’albinisme alors qu’il s’agit d’une personne sur 1 400 approximativement qui l’est en Tanzanie.

A première vue, le rapport entre une telle maladie et les droits de l’homme ne semble pas facile à saisir. Mais bien que cela n’induit aucune différence à part celle de la dépigmentation et les problèmes oculaires, les personnes atteintes d’albinismes sont victimes de discrimination allant de la simple moquerie aux agressions violentes. Dans certains pays, notamment dans ceux d’Afrique de l’est, les discriminations et agressions envers les personnes atteintes d’albinisme vont bon train. En Tanzanie, les personnes atteintes sont considérées comme des êtres magiques que certains n’hésitent pas à sacrifier pour des rituels ou démembrer car certaines parties de leur corps (mains, bras) ont des propriétés magiques. Ainsi l’albinisme n’est pas une simple maladie et les personnes qui en sont atteintes ne sont pas de simples malades. Les persécutions produites à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme font de celles-ci une minorité. Une minorité persécutée dont il faut montrer les droits. Une minorité persécutée, surtout dans les pays de l’est africain, et qu’il serait nécessaire de protéger face aux attaques et aux discriminations auxquelles ils font face.

albinisme

En effet, les personnes atteintes d’albinisme subissent de graves atteintes à leurs droits. Non pas seulement en tant que citoyens dans un pays où ils sont lésés et discriminés mais en tant qu’individus, qu’êtres humains dans une communauté dite mondiale. Les discriminations envers les personnes atteintes d’albinisme portent atteinte aux droits de l’homme dont dispose ces personnes, droits qui sont censés précéder tout droit politique donné. Les discriminations à l’encontre des personnes albinos vont porter directement atteintes aux droits de l’Homme. Le droit à la vie, le droit à ne pas subir un traitement inhumain, le droit à la santé, le droit au travail et le droit à l’éducation en sont des exemples.
Selon une étude faite en 2009 par l’IFRC seul 2% d’enfants atteints d’albinisme en Tanzanie ont l’espoir d’atteindre l’âge de 40 ans. La quasi totalité des personnes atteintes d’albinisme meurt donc avant cet âge. Les causes peuvent être diverses mais elles ont pour origine trois grands facteurs. A savoir, l’exclusion sociale, les maladies de peau et problèmes médicaux qui ne sont pas correctement pris en charge ainsi que les attaques qu’ils subissent de la part de braconniers. Deux statistiques le montrent clairement: D’une part selon une étude de 2011 faite par Dermatologic Clinics 50% des personnes albinos entre 20 et 30 ans se voient diagnostiquer un cancer de la peau. D’autre part, depuis 2007, au moins 50 meurtres de personnes albinos ont été enregistrés officiellement et des dizaines d’autres ont été mutilés. Les sources varient et la BBC enregistre même 70 meurtres sur une durée de trois ans en Tanzanie.

Il est donc possible de voir les atteintes portées aux personnes malades sous deux formes. La première étant les agressions et discriminations directes. La deuxième, partiellement résultante, est la discrimination indirecte, c’est-à-dire que les personnes atteintes se voient lésés dans les sociétés où elles résident de par le fait de leurs différences et des problèmes liés à leur maladie.
Ainsi, nous allons voir les persécutions et discriminations directes auxquelles font face les albinos. Comme il a été précédemment dit, les personnes de par leur différence subissent des formes de discriminations variées. Si dans la plupart des pays les discriminations à l’encontre des albinos ne vont généralement pas au-delà des railleries condamnables, c’est en Afrique de l’est et particulièrement en Tanzanie que sont perpétrés des crimes envers cette communauté. Dans ces pays, les personnes atteintes d’albinisme sont considérées comme différentes. Êtres mythiques, porte-bonheur ou encore cure miraculeuse contre le VIH, cette minorité se voit réifiée par le peuple qui l’entoure. Selon, plusieurs études citées par un article de Prospect, les populations tanzaniennes considèrent à la fois les albinos comme étant en dessous de l’homme et divin. Une étude de Cruz-Inego montre que les membres des personnes albinos sont considérés comme porte-bonheur, ramenant la chance et la bonne santé quand on les porte.

Tz-map-fr

Réifiée et mythifiée par ignorance et par les mythes, cette minorité subit des persécutions très fortes. Démembrement pour vendre les parties au marché noir, rituel de sacrifices pour certaines cérémonies, viol pour être prétendument guéri du VIH et autres pratiques sordides sont les résultantes de ces superstitions. La personne atteinte se voit réifiée, mythifiée et animalisée. Mythifiée parce qu’elle n’est pas considérée comme un être humain mais une chose mythologique, magique. Réifiée parce que, bien qu’elle soit considérée comme un être magique, elle n’est qu’un moyen d’accès à un rituel ou à la chance, elle n’est considérée que comme un moyen en vue d’une fin. Ce n’est pas l’albinos qui est en soi magique, mais les propriétés d’usage qu’on en fait. C’est un objet magique à utiliser pour les personnes qui ont cette mentalité. Finalement, les personnes atteintes par l’albinisme sont considérées comme des animaux, ils sont traqués et attaqués pour pouvoir être utilisés. Ainsi les personnes atteintes sont niées dans leur humanité. Mais la discrimination directe envers les albinos ne s’arrête pas là.

Par leur différence et leur statut ils se voient stigmatisés et leur sécurité est évidemment mise en danger. Ceci est amplifié sachant que le corps entier d’une personne atteinte d’Albinisme est revendue 75 000 $ au marché noir et un bras entre 2000 et 4000 $. Selon la BBC, il y a eu plus de 70 morts de personnes albinos sur une période de trois ans en Tanzanie. Le chiffre est alarmant. Il y a eu 70 meurtres mais il y a eu bien plus d’agression et de viols qui ont été commis même si les chiffres ne sont pas clairement identifiés. Bien plus qu’un sentiment de stigmatisation lié à leur différence, les personnes atteintes d’albinisme craignent pour leur sécurité. De ce fait les discriminations directes sont de deux sortes : stigmatisation de par leur statut, s’il n’est pas considéré comme mythique l’humain albinos est quand même différencié. La deuxième sorte de discrimination directe est la persécution que les albinos subissent, allant du viol au meurtre. Ceci est amplifié par le prix exorbitant de la revente de leurs membres au marché noir. Par exemple en 2013, selon le Daily Mail, une femme de 38 ans s’est fait attaquée par son propre mari qui voulait lui arracher un bras afin de le revendre.

Albino_boy_tanzania

Mais ce ne sont pas les seules discriminations que les personnes atteintes d’albinisme en Afrique de l’est et surtout en Tanzanie subissent. En effet bien qu’elles soient les plus violentes les persécutions et l’exclusion sociale ne sont qu’une partie des discriminations subies. Au-delà de ces actes, il y a une discrimination et une inégalité structurelle qui se met en place. Le cercle vicieux du bafouage des droits se met en place. Les personnes atteintes d’albinisme sont ostracisées dans certaines communautés et bénéficient moins du lien social. De plus, les personnes atteintes d’albinisme sont atteintes de problèmes visuels leur conférant un statut de malvoyants de par l’extrême sensibilité que leurs yeux ont au soleil. Ceci étant un handicap et sans réelle mesure spéciale les concernant les albinos se retrouvent stigmatisés socialement parlant. A cela s’ajoute les problèmes de santé liés à leur manque de mélanine les rendant plus sensibles aux maladies comme le cancer de la peau. De plus, comme les personnes atteintes d’albinisme sont socialement exclues leur embauche est compromise. Ces trois facteurs renforcent les inégalités et la discrimination envers les personnes atteintes d’albinisme. Handicap visuel, problèmes de santé plus fréquents, position économique désavantageuse s’entremêlent pour réduire la position des albinos. Les problèmes de santé sont plus fréquents mais ils ne peuvent pas nécessairement les résoudre, personne ne veut d’eux parce qu’ils ne sont pas considérés comme des êtres humains, ils ne peuvent pas non plus suivre un parcours scolaire normal de par leur handicap. Toutes ces discriminations directes ou structurelles envers les personnes atteintes d’albinisme, dénoncées par des associations comme Under the Same Sun, ont été entendues par les organisations nationales et internationales et des solutions ont été proposées.

Ainsi, la Tanzanie, les associations et les organisations internationales essayent de remédier au fléau qui est infligé aux albinos. Tout d’abord, la Tanzanie a exprimé une envie d’entamer de grands changements de politique face aux personnes atteintes d’albinisme et ce par le biais de plusieurs dispositifs. Le premier est la désignation d’Al-Shymaa Kway-Geer, femme politique albinos et parlementaire, à la question de l’amélioration de la condition des albinos. Le deuxième dispositif est l’interdiction de la sorcellerie sur le territoire tanzanien. En rendant la pratique illégale le gouvernement Tanzanien montre son opposition à toute pratique visant le sacrifice ou l’utilisation de personnes atteintes d’albinos comme s’ils n’étaient que de simples objets. Finalement, lors de la première journée internationale pour l’albinisme célébrée qui eut lieu le Samedi 13 Juin 2015 en Tanzanie, le président a dit vouloir instaurer une assistance médicale spécialisée et donc une aide pour les personnes atteintes d’albinisme. De ce fait, la Tanzanie semble aller vers l’instauration d’une équité pour les tanzaniens atteints d’albinisme. Par le biais d’une personne chargée de la question des albinos, l’interdiction de toute sorcellerie et par la volonté d’instaurer un régime médical juste, le gouvernement semble vouloir redonner aux albinos tanzaniens les droits qui leurs ont été confisqués arbitrairement.

perer

Ces initiatives, très honorables et hautement symboliques, faites par le gouvernement tanzanien ne sont pas apparues ex-nihilo mais sont les conséquences de deux choses. La première est l’intérêt que porte les Nations Unies pour la question. Il y a d’abord l’adoption d’une résolution par le conseil des droits de l’homme de l’ONU, la résolution 23/13. Celle-ci, nommée « Agressions et discrimination à l’encontre des personnes atteintes d’albinisme » adoptée sans vote, demande, encourage et invite les pays à se saisir de la question des personnes atteintes d’albinisme. C’est-à-dire les questions concernant la prévention, l’éducation de l’ignorance au sujet des albinos ou la protection de ceux-ci. De ce fait, c’est grâce à l’impulsion de l’ONU signalant l’urgence de la situation que des pays comme la Tanzanie ont décidé d’agir. Mais ce n’est pas le seul acte qui montre la motivation de l’ONU pour la cause des personnes atteintes d’albinisme. Depuis quelques années la cause de l’albinisme est soutenue par elle. A plusieurs reprises, il y eut condamnation d’actes horribles perpétrés contre les albinos. La plus récente étant celle du 19 Février 2015. De plus, l’organisation internationale, comme dit plus haut, a déclaré une journée internationale de sensibilisation à l’albinisme. Suivie de plusieurs projections-débats et d’une conférence panafricaine sur l’albinisme qui a eu lieu du 19 au 22 novembre 2015 à Dar es Salaam en Tanzanie.
Mais de telles mesures et de telles avancées n’auraient jamais pu être possible sans l’implication de plusieurs associations et organisations qui ont permis de rendre les discriminations visibles aux yeux de tous. Mais bien plus que montrer les discriminations et les persécutions de la minorité albinos en Tanzanie ces associations font tout pour la combattre. Elles jouent un rôle clé dans la défense de celle-ci et l’éducation des populations sur ce que sont en réalité les personnes atteintes d’albinisme. C’est-à-dire des personnes comme les autres, souffrant de problèmes de peau et de vision. Certaines viennent aussi en aide aux albinos qui se font attaquer. Pour n’en citer que quelques unes : Under the Same Sun (UTSS), La Croix Rouge, Assisting Child in Need (ACN),Tanzania Albino Center(TAC), National Organism for Albinism and Hypopigmentation (NOAH).

De ce fait, la cause des personnes atteintes d’albinisme est entrain d’être entendue et plusieurs dispositifs de soutien sont entrains de se mettre en place. L’ONU par le biais du Conseil des droits de l’Homme montre son intérêt pour le problème et sa résolution. Le pays où le plus de crimes à l’égard des albinos se produit, est entrain de prendre des dispositifs institutionnels pour parer aux inégalités et discriminations qu’ils subissent. Finalement les associations font tout pour venir en aide aux albinos qui sont victimes de leur maladie ou des préjugés qui les touchent. Mais est-ce suffisant ? En effet, les actions du Conseil des droits de l’Homme ou de l’ONU ainsi que celles des associations et organisations internationales, ne pouvant qu’être limitées. Ce sont les instances étatiques tanzaniennes qui semblent critiquables. C’est l’action de l’État tanzanien qui doit être plus importante et investie sur cette question urgence, son engagement reste limité par rapport à la gravité des violations des droits humains d’une communauté affaiblie. L’avancement de la cause des personnes atteintes d’albinisme n’a pas l’air d’être résolue. Certes le Président a annoncé un meilleur régime de santé les concernant mais il ne l’a fait qu’en Juin 2015 sous la pression internationale. C’est le laxisme du gouvernement tanzanien qui est ici l’objet de critique. Celui-ci a dû être la cible indirecte de la résolution des Nations-Unies, de la sonnette d’alarme de la presse et des associations pour enfin se décider à faire quelque chose.

hgfds

Comme montré plus haut c’est à grâce à toutes les associations qui défendent l’albinisme, à la résolution 23/13 de l’ONU et l’établissement de la journée internationale que la Tanzanie a décidé d’agir correctement et avec force. Ce n’est que face aux sermons directs et indirects de la communauté internationale que le pays décida de faire quelque chose. C’est encore en décembre 2014 que la BBC écrivit un article nommé « Tanzania’s albino community : ‘Killed like animals’ ». Article montrant le laxisme du gouvernement à l’époque qui, selon un interrogé, c’était désintéressé de la question. Encore à l’époque sur 70 meurtres d’albinos il n’y en avait que 10 qui étaient résolus avec des personnes condamnées. Les opérations du gouvernement tanzanien de l’époque étaient insuffisantes. Il n’est pas question, ici, de critiquer le gouvernement tanzanien en disant qu’il ne fait rien. Non, ses actes récents sont louables. Il s’agit de voir les causes des actes (sermons de la communauté internationale) et le laxisme ou du moins la faible efficacité des anciennes actions de la Tanzanie.

Sources:

– Résolution 23/13 du conseil des droits de l’homme des Nations Unies: http://daccessddsny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G13/150/43/PDF/G1315043.pdf?OpenElement

– La page du haut commissariat des droits de l’homme sur la question de l’albinisme: http://albinism.ohchr.org/fr/resources.html

– Through albinos eyes : The plight of albino people in Africa’s Great Lake region and aRed Cross response: http://www.ifrc.org/Global/Publications/general/177800-Albinos-Report-EN.pdf

– Tanzania’s albino community : ‘Killed like animals’: http://www.bbc.com/news/world-africa-30394260

– COSTARD, Emile La Tanzanie célèbre la première journée internationale de l’albinisme, Le Monde :
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/06/15/la-tanzanie-celebre-la-premiere-journee-internationale-de-l-albinisme_4654208_3212.html

– Tanzanie : l’ONU condamne la mutilation et le merutre d’un bébé albinos agé d’un an: http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=34298#.VlCUkmSrQy4

– Les albinos sont des êtres humains comme les autres, rappelle un groupe d’experts de l’ONU: http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=30268#.VlCz9mSrQy4

– Pillay condamne les attaques « aberrantes » perpétrés contre les albinos en Tanzanie: http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=29905#.VlC0GWSrQy4

– DRURY Flora, Hunted down like animals and sold by their own families for £ 50 000: Tanzania’s albinos hacked apart by witchdoctors who believe their body parts « bring luck » in sick trade fuelled by the country’s elite, Daily Mail UK, Mail Online.
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2922243/Hunted-like-animals-sold-families-75-000-Tanzania-s-albinos-hacked-apart-witchdoctors-believe-body-parts-bring-luck-sick-trade-fuelled-country-s-elite.html

– MOE Caitlyn, Persecution of Albinism in Tanzania, Prospect: http://prospectjournal.org/2011/10/11/persecution-of-albinism-in-tanzania/

– LAPIDOS, Julien, How Many Albinos are in Tanzania ? « More than you might think »,Slate: http://www.slate.com/articles/news_and_politics/explainer/2009/01/how_many_albinos_are_in_tanzania.html

– BEBIEN Arnaud, En Tanzanie, jusqu’à 2000 dollars pour un bras d’albinos, L’Obs avec Rue 89: http://rue89.nouvelobs.com/2010/03/08/en-tanzanie-un-bras-dalbinos-est-vendu-2000-euros-141876

– Dunning, B. « Albinos Facts and Fiction. » Skeptoid Podcast. Skeptoid Media, 29 Jul2014. Web. 10 Dec 2015 : http://skeptoid.com/episodes/4425

– Cruz-Inigo AE, Ladizinski B, Sethi A. Albinism in Africa: stigma, slaughter and awareness campaigns. Dermatol Clin. 2011 Jan.

État des lieux : l’esclavage mauritanien

L’esclavage. Mot bien étrange et lointain, synonyme d’une ère reculée où l’Homme n’était pas l’égal de lui-même. Dans l’idéal, tous les pays auraient aboli cette forme la plus brute de violation aux droits de l’Homme, ce ténébreux symbole d’un passé racialiste et barbare. Pourtant, si le second millénaire conserve toujours les marques les plus douloureuses du passé.

Dans les coulisses de sociétés ainsi bâties le plus souvent pour convenir au confort d’autres et où les mentalités ont  freiné, un mot disparu dans notre conscience contemporaine est un élément de la vie commune. En France, les manifestations d’Exhibit B ont témoigné des traces douloureuses qu’ont laissé l’Histoire ; qu’il semble toujours complexe de jouer par l’humour ou par l’art avec ces cicatrices encore vivaces. Des plaies béantes dans certains pays à l’instar de la Mauritanie.

Drapeau Mauritanie

L’esclavage

L’esclavage est à reprendre d’abord dans son contexte historique. Définissant un être humain privé du droit de propriété sur lui-même, lequel droit est attribué à un autre être humain, ce système de dépossession du corps et de libertés apparaît dès l’Antiquité. A cette époque, il n’y a pas de catégorisation raciale des peuples : il est simplement admis dans les mentalités que certains hommes sont nés pour être maîtres, d’autres pour être esclaves. Dans une seconde étape, sans compter les valets et sujets de seigneurs et suzerains, la christianisation et le moyen-âge relève d’un sérieux recul dans le domaine en Europe ; tandis que dans le monde arabe la traite négrière prend toute sa proportion avec les conquêtes musulmanes (besoin de main d’œuvre et de soldats). Le 15ème siècle marquera un tournant dans l‘attitude tempérée de l’Europe vis-à-vis de la traite négrière avec les prémisses du commerce triangulaire (l’envoi de noirs africains vers l’Amérique) pour nourrir un colonialisme qui se développe à une allure folle, et les conséquences que l’on connaît sur les sociétés qui l’aboliront ensuite.

L’esclavage est maintenant à définir dans l’actualité. S’il a disparu dans les textes, l’ « esclavage moderne » est une expression qui prend tout son sens pour évoquer certaines exceptions – et pas des moindres, puisque le nombre de personnes subissant des conditions assimilables à l’esclavage seraient de l’ordre de trente-neuf millions. L’ONG classe la Mauritanie en tête et plusieurs autres pays africains à des places privilégiées.

a

Un pays aux bases déséquilibrées

La Mauritanie est un cas à part en Afrique de l’Ouest. Entre Maghreb et Afrique subsaharienne, entre monde arabe et Afrique noire, désert et littoral. Ancienne colonie française devenue indépendante en 1960, la structure féodale de la société tient surtout des conquêtes arabo-musulmanes. En surface, l’événement majeur ayant plongé le pays dans un chaos humanitaire fut la sécheresse des années 70, la migration des communautés maures vers les régions méridionales, une colonisation de ces terres et la réforme foncière de 1983, dépossédant les ethnies noires présentes de leurs bien fonciers. La Mauritanie fait face à des conditions climatiques particulièrement arides – d’où la faible démographie -, à un taux d’alphabétisation parmi les plus bas au monde (160ème place sur 182) et à une pauvreté extrême contrastée avec la mainmise de sociétés étrangères sur les secteurs les plus lucratifs.

Le sol mauritanien est effectivement riche : de grosses compagnies internationales (comme Total faisant de la France le premier investisseur dans le secteur des ressources naturelles) ont vite compris tout l’intérêt qu’elles avaient à s’insérer dans un marché à peine découvert jusque dans les années 2000. Pétrole, minerais, mais aussi pêche et télécommunication, sont autant de secteurs où la mainmise de ces géants grossit de jour en jour quand, parallèlement, les habitants conservent un niveau de vie extrêmement bas. Ces phénomènes constituent ainsi un paysage rural où les évolutions en terme de droits ont du mal à transpercer des pratiques traditionnelles (mariage des mineures et esclavage héréditaire).

Désert mauritanien

Des institutions bancales

L’esclavage est la partie la plus sombre de l’iceberg ; mais déjà en surface la justice peine à progresser et la politique à se stabiliser. Pour la première, la peine de mort perdure par exemple : ainsi deux mauritaniens ont été condamnés à la peine capitale en 2007 pour l’assassinat de quatre français, plaidant non coupables jusqu’en Cour d’appel. Pour la seconde, les récentes élections l’ont démontré : avec l’obtention le 21 juin 2014 de près de 82% des voix, le président Ould Abdel Aziz – responsable du putsch de 2009 – n’est pas un candidat au programme construit et agrée par une majorité de la population ; mais le fruit d’une conscience politique quasi-nulle au sein de la population s’attachant à des slogans superficiels (comme « le président des pauvres »), et où les chefs des communautés décident pour les membres des différentes tribus quel nom ils inscriront sur le bulletin de vote. Sans être des causes directes, ces miasmes sociaux ne créent en tous les cas pas un climat favorable à un équilibre des forces et à la progression d’idées plus humanistes. En prônant l’omission, le discours de surface et en ne cherchant pas à faire basculer des pratiques profondes qui leur permettent de toute manière d’être élues, les institutions n’inspirent pas confiance et se dissocient du rôle de modèle et d’ordre qui aurait dû leur incomber. L’Etat refuse de reconnaître l’étendue du problème.

Concernant l’esclavage, il existe des personnalités politiques investies dans un combat contre cette pratique à l’instar de Biram Dah Abeid, icône de la lutte ayant reçu le prix des Nations Unies pour les Droits de l’Homme. Mais avec 8,2% des voix et quelques dérives communautaires, son faible poids (néanmoins croissant) entre dans un schéma de militance noire radicalisée, une idéologie entrant dans le jeu racialiste pour séparer définitivement maures noirs et maures blancs, et voir ces derniers comme un ensemble d’oppresseurs à vaincre. Une scission irrémédiable entre les deux factions apparaît alors comme probable.

a

Le trafic

Si l’esclavage à proprement parlé n’est pas légalement toléré (aboli en 1961 lorsque la Constitution du pays fut ajoutée la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme), que d’anciens esclaves ont été affranchis et que bon nombre d’organisation internationales (tel Amnesty International) ou des associations locales ont lutté et luttent toujours contre cette aberration, la situation est différente sur le terrain. C’est une tradition vieille de plusieurs siècles qui fait de l’esclavage domestique une normalité.

Dans le reportage « Chasseur d’esclaves » de Sophie Jeaneau et Anna Kwak, sont filmés des esclaves en fuite forcés d’établir leurs camps dans le désert, à l’abris, sans rien d’autre que du calme et de la liberté : « être libre c’est être vivant » dit l’un deux. Les maures blancs berbères sont les maîtres, les maures noirs (des Pulaars, Woloofs, et autres ethnies noires) sont les esclaves, et il s’agit d’une perception particulière d’un ordre naturel, d’une pensée à ébranler dans l’esprit des deux protagonistes : le bourreau tout comme la victime qui ne s’aperçoit pas de sa condition. Près de 4 millions d’habitants peuplent la Mauritanie, environ 150 000 sont des esclaves. Les chiffres les plus pessimistes évoquent 5 à 10% de la population. Les esclaves noirs peuvent servir d’abord comme main d’œuvre gratuite dénuée d’un quelconque droit du travail pour les tâches les plus difficiles, essentiellement le cas des hommes ; les femmes sont amenées à devenir des esclaves sexuelles abandonnant la maîtrise de leur corps, et/ou des esclaves domestiques. Ils s’obtiennent par héritage de père en fils, ou par achat dans des marchés d’esclave.

Comme entrevu ci-dessus, les textes adoptés ne l’ont été, pour la plupart des politiciens, que pour convenir aux attentes internationales. Mais même aux plus hauts postes la tradition tient des racines profondes. La peine pour les esclavagistes s’élève de cinq à dix ans de prison ; et si ce chiffre si bas ne suffisait pas à montrer un cruel manque de volonté dans la punition, il n’est pas rare que certains soient graciés, échangent du bétail contre un voile sur le regard de la justice. Dans cette prison institutionnelle les ONG internationales et locales dénoncent et combattent, avançant pas à pas. Dans la justice, en politique, chez les maîtres eux-mêmes parfois, la prise de conscience commence à luire mais il s’agit d’une lutte de tous les instants où la société tangue dangereusement entre progrès et décadence.

Fers d'esclave

a

Sources