Violences policières, dérives sécuritaires : où en sommes-nous ?

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En 1993 on disait que les contrôles d’identité discrétionnaires étaient incompatibles avec le respect de la vie et des libertés individuelles…

Une violence seulement physique ?

L’usage du LBD40 lors des manifestations est souvent défendu avec l’argument suivant : il est un bon compromis pour maintenir l’ordre dans les « manifestations violentes » sans recourir à l’arme à feu. Deux contre arguments peuvent cependant être avancés : d’une part, le tir de LBD à causé de graves blessures et parfois la mort, avant même les manifestations des Gilets jaunes. En effet, entre 2001 et 2017, 1984 blessures ont été référencées, dont 300 ont eu pour conséquence un handicap définitif et 53 un décès. On considère alors qu’une arme pourtant « non létale » a une chance sur trente de tuer sa cible. Dans le cas du mouvement des Gilets jaunes, ayant débuté en novembre 2018, le recensement exclusif de « ALLÔ PLACE BEAUVAU ? »  compte au 1er mars 2019 : 202 blessures à la tête, 1 décès, 21 éborgnés et 5 mains arrachées. L’argument du non recours à l’extrême violence par l’arme à feu perd alors tout son poids… D’autre part, le LBD 40 est majoritairement utilisé par les forces policières lors des manifestations durant lesquelles les groupuscules violents sont eux, minoritaires… C’est alors l’utilisation généralisée et massive de cette arme non létale qui illégitime les actions d’un État jugé « policier » et « autoritaire ». D’autant plus que cette arme a été définie comme contreproductive : au lieu d’apaiser les tensions, elle concourt à creuser le fossé entre les forces de l’ordre et la population. Le Conseil de l’Europe a d’ailleurs récemment mis en garde l’État français sur la gravité de ces blessures infligées aux manifestants en demandant la suspension de l’usage du LBD. Bien que l’institution en question n’ait aucune portée juridique, elle éclaire sur les dérives sécuritaires de l’État français et les invite à « mieux respecter les droits de l’homme ».

Prenons toutefois garde au déchaînement des passions qui pourrait laisser penser que les violences policières connaissent leur apogée. Lors de la révolte étudiante en Mai 68, l’animosité fut très importante également. Patrick Rotman, dans son ouvrage « Mai 68 raconté à ceux qui ne l’ont pas vécu » décrit la cascade de violences policières face aux barricades étudiantes du Quartier latin à Paris : « Dans tous les commissariats, comme à Beaujon, le comité d’accueil se fait à coup de matraque, au point que le préfet de Police se verra contraint de rappeler dans une lettre à son personnel qu’il est interdit de frapper un homme à terre ». Par ailleurs, il existe des violences symboliques auxquelles nous devrions porter également attention, à savoir la société de surveillance généralisée dans laquelle nous entrons, cause des dérives légales et sécuritaires : rétention de sûreté votée en 2008, loi sécurité intérieure et anti-terrorisme de G.Collomb, loi anti-casseurs…

Gouverner par les effets, plus que par les causes

Les lois françaises relatives à la sécurité sont paradoxalement présentées comme des lois en faveur de la démocratie. Pourtant, elles peuvent parfois faire l’objet de réelles dérives sécuritaires au service d’un État fort. Par exemple, le dispositif de caméras de surveillance dans les villes comme Nice ou encore l’identification d’un individu à partir de son emprunte digitale fait doucement bousculer notre société dans la dystopie qu’à peint Orwell dans « 1984 ». Aujourd’hui, nul besoin d’attendre un délit ou un crime pour sanctionner : le soupçon et le doute sont suffisants. C’est ainsi que la formule standard « raisons sérieuses de penser que » est dangereusement répétée dans la loi sécurité 2017.

Plus inquiétant encore dans les lois sécuritaires récentes : le pouvoir judiciaire perd peu à peu de son poids face à l’exécutif. Aujourd’hui, et notamment avec la loi anti-casseurs, la police administrative devient répressive : le ministre de l’intérieur peut imposer des assignations à résidence, le préfet peut interdire de manifester et engager des perquisitions administratives (cf Loi sécurité 2017). La police administrative peut donc émettre des peines, son action initiale étant pourtant préventive. Michel Foucault, philosophe et auteur de « Surveiller et punir », explique en quoi la pensée sécuritaire, parfois défaillante, donne lieu à « la multiplicité des illégalismes et de leur imbrication ». Selon lui, l’arrivée de la pensée libérale de Quesnay où le « laissez faire, laissez passer » devient la devise suprême, a désengagé un État sur les causes des problème sociaux. Jadis, si la cause de la famine d’un pays provenait d’une mauvaise gestion des stocks, l’Etat organisait un système de stockage. Aujourd’hui, la pensée « solutionniste » prend le pas : l’État agit face aux conséquences, montre sa capacité à proposer des solutions, délaissant peu à peu son pouvoir préventif…

La dépolitisation du citoyen et son désintéressement à la vie politique de son pays participent également au renforcement d’un État fort. La peur du terrorisme, la désignation d’un ennemi commun poussent la population à se cacher derrière un État protecteur qui se permet alors, au nom de la sécurité de son territoire, d’avoir recours à des lois liberticides allant à l’encontre des valeurs républicaines et démocratiques. Ce phénomène est à l’origine du Patriot Act de 2001, loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme. L’idée : accroître le pouvoir des agences gouvernementales, réduire les droits de la défense.  La loi prévoit également que toute intrusion dans un système informatique peut être assimilée à un acte de terrorisme. Depuis son adoption, ce texte soulève de vives critiques de la part des associations de défense des Droits de l’Homme et de juristes, qui dénoncent des atteintes aux libertés. L’ensemble des sociétés démocratiques, comme la France, ont pourtant été encouragées à faire de même…

Victoire Radenne

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