Journée internationale des migrants

« La fraternité est un principe à valeur constitutionnelle. Il découle du principe de fraternité la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national »

Arrêt Herrou et Manoni, Conseil Constitutionnel, juillet 2018

En cette journée mondiale consacrée aux migrants, il est de notre devoir de choisir les mots justes pour expliquer les véritables enjeux du phénomène migratoire. Dissiper les préjugés hâtifs quant aux problèmes que cela cause dans notre société, sensibiliser l’opinion et enfin, ajouter la pièce du puzzle souvent absente des discours politiques consensuels : la réelle collaboration de ces populations qui quittent leurs pays pour enrichir les nôtres.

Le dernier rapport de l’ONU en 2017 met en lumière l’importance du phénomène migratoire dans nos sociétés actuelles. 68,5 millions de personnes en 2017 s’arrachaient à leur pays pour étudier et rêver une vie meilleure, fuir la criminalité, les violences, sans omettre les dégradations climatiques que subissent certaines régions du monde.

L’enjeu étant de taille, cette problématique ne doit pas être ignorée, elle doit faire l’objet de discussions politiques sans ignorer la voix citoyenne, elle doit être écartée des dérives de l’instrumentalisation et du populisme. Mais à l’heure des fake news, du climat de tension qu’entraînent les attentats et de la société de défiance généralisée dans laquelle nous vivons, il est surtout primordial d’instaurer un cadre factuel autour de la question migratoire. En effet, la spectacularisation et la peur étouffent trop souvent les données factuelles. Pourtant, ce sont les chiffres qui, bien souvent, reflètent la réalité et c’est cette seule réalité devant laquelle tous les humains doivent se retrouver.

Depuis 2014, 17 000 personnes ont perdu la vie noyées en mer Méditerranée selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). En ne parlant que de l’année 2018, c’est près de 1800 hommes, femmes et enfants qui ont disparus en mer. Mais d’où viennent ces populations ? Quels sont leurs motifs de départ ? Quel est leur impact sur l’identité et l’économie nationale des pays accueillants? Les réponses à ces questions sont à l’heure actuelle un véritable bouclier contre les pensées teintées de préjugés.

Les populations migratoires, contrairement aux idées reçues présentes dans certains discours politiques européens, fuient majoritairement la guerre et non pas une simple instabilité économique. Les conflits qui ensanglantent le Moyen-Orient expliquent en partie qu’environ la moitié des demandes d’asile dans les pays de l’OCDE sont le fait de trois nationalités : Syriens, Irakiens et Afghans.

Quant aux entrées illégales dans l’Union européenne qui font souvent l’objet d’arguments contre l’accueil des réfugiés, elles ont connu un pic en 2015, avant une baisse drastique notable. Elles représentaient 1 822 175 personnes en 2015 et concernent aujourd’hui 90 401 personnes.

De plus, l’immigration n’est en rien une menace pour l’économie des pays d’accueil. Au contraire, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l’immigration aurait un effet neutre voire positif sur les grandes variables économiques d’un pays. Augmentation des recettes publiques, garantie de la survie des systèmes de sécurité sociale, créativité, sang-neuf et innovation. L’idée que l’immigration ruine les finances publiques d’un État sont alors infondées : une étude sur le coût et l’apport de l’immigration de l’économiste Xavier Chojnicki estimait ainsi à 68,4 milliards d’euros les prestations versées aux immigrés et à 72,026 milliards leurs cotisations.

Sur la question de l’identité et de l’intégration sociale, la pensée selon laquelle les étrangers seraient trop différents rendant impossible leur intégration ne tient pas debout, compte tenu des sociétés cosmopolites, multiculturelles et mondialisées dans lesquelles nous vivons.  À cela manque simplement l’instauration d’un dialogue social autour de la mixité et du partage, devant être soutenu par les politiques gouvernementales.

Ainsi, dissiper les préjugés, ouvrir la discussion et le débat en gardant en tête le cadre factuel des migrations semble être une des solutions à l’heure actuelle. C’est en partie la volonté du Pacte mondial sur les migrations des Nations unies qui a été formellement approuvé le lundi 10 décembre 2018, devant quelques 150 pays réunis en conférence intergouvernementale. Ce pacte a pour objectif de répondre à la crise migratoire de 2015, souhaite renforcer « la coopération internationale et les partenariats mondiaux pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ». Pour cela, il a pour volonté de sensibiliser aux effets positifs de l’immigration et « mettre à disposition des citoyens des informations objectives et factuelles en vue de démonter les discours trompeurs ».

Bien que les États conservent leur souveraineté ce pacte n’ayant aucune valeur juridique contraignante, l’Australie, les États-Unis, Israël ou la Suisse ont déclaré ne pas vouloir signer le texte. De même du côté des pays européens tels que la République Tchèque, l’Estonie, la Croatie, l’Autriche et la Slovaquie. Quant à la réaction de certains responsables politiques français comme Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan, ils voient en la signature du texte un « acte de trahison » de la France.

Parallèlement à ce besoin criant d’instaurer une véritable discussion, et face aux propositions faites par l’Organisation des Nations Unies, on observe une quasi impossible entente quant à la question migratoire dans le monde. Arguments politiques populistes, communautarisme, stigmatisation des réfugiés, peur et défiance sont autant d’éléments qui empêchent à ce jour de formuler une proposition correcte et généralisée aux enjeux migratoires contemporains.

Victoire Radenne

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