Journée de la femme 6 – Le combat contre l’excision continue

        Il y a quelques semaines, le 6 février 2018, se tenait la Journée mondiale de la lutte contre l’excision, qui, bien qu’internationalement considérée comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes, demeure une pratique ancrée dans les mœurs de nombreuses sociétés, en particulier sur le continent africain. Selon l’Organisation des Nations Unies, elle concernerait près de 200 millions de filles et de femmes, dont 53 000 en France. Comprendre les origines et les conséquences – encore taboues – de cette pratique apparaît comme un moyen d’explorer les leviers d’actions existants afin d’œuvrer pour son abandon.

    Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, les mutilations sexuelles féminines recouvrent « toutes les interventions incluant l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre lésion des organes génitaux féminins qui sont pratiquées pour des raisons non-médicales ». Dans son ouvrage Erotique et Civilisation, René Nelli estime que la pratique de l’excision était courante au sein de la population égyptienne (6000 ans avant JC), et qu’elle était également d’usage dans toute l’humanité protohistorique. Aussi, l’on peut se questionner quant aux causes motivant la perpétuation de cette pratique. Chez les prémodernes, les femmes subissaient fréquemment des infibulations lorsque leurs maris partaient en guerre, afin de s’assurer de leur fidélité en leur absence. Dans le monde arabe et byzantin, préexistant à l’Islam, l’argumentaire reposait sur une taille excessive du clitoris chez les femmes qui aurait notamment pour conséquence d’être à l’origine d’un plus grand désir sexuel féminin. Des théories d’ordre économique ont également été mises en avant. Ainsi, selon les marxistes, les mutilations génitales féminines seraient l’expression d’une loi économique qui serait parvenue à concrétiser l’assujettissement d’un sexe par rapport à l’autre afin d’imposer le modèle de famille patriarcale en tant qu’unité économique de base. La psychiatre américaine Mary Jane Sherfey a d’ailleurs confirmé cette hypothèse, en précisant qu’à l’origine, « les femmes étaient dotées d’une capacité orgastique immodérée, incompatible avec le développement de la sédentarité monogame ». La question de la phallocentrie et de la volonté masculine d’assujettir les femmes en les empêchant de s’épanouir librement à travers des entraves à leur intégrité physique et leur capacité de mouvement semble donc être au cœur de cette pratique. Il apparaît ainsi que l’excision est considérée comme un rite de passage obligatoire pour les jeunes filles aspirant à devenir femmes au sein de leur communauté, et, plus largement, comme un facteur de stabilité de l’ordre social dans certaines sociétés.

            Les femmes victimes de mutilations génitales, tant en France qu’à travers le monde, sont confrontées à des conséquences psychologiques ainsi qu’à des douleurs physiologiques particulièrement incapacitantes. En effet, dans son ouvrage Le drame de l’excision, Louisiane Doré-Miloch donne la parole à ces femmes victimes afin qu’elles partagent les difficultés quotidiennes liées  à leur condition. La majorité d’entres elles expliquent craindre les rapports sexuels avec leur mari, ainsi que l’éventualité d’un accouchement, du fait de la douleur physique paroxystique que ceux-ci engendrent. Elles sont également confrontées à un risque accru de kystes, de rétention d’urine, de fistule vésicales ainsi que de transmission du VIH. Ces femmes mettent également en avant un sentiment de honte, tant lié au fait d’avoir été excisée, qu’à celui de savoir que leurs filles sont exposées également au risque du fait de leur appartenance communautaire. Privées de leur capacité à éprouver du plaisir lors des rapports sexuels, ces femmes ne peuvent pleinement s’épanouir, tant d’un point de vue personnel et affectif que sociétal – les complications physiques liées à leur excision les en empêchant fréquemment.

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Infographie du Ministère des Affaires sociales, de la Santé, et des Droits des femmes

            En 1983, la Chambre criminelle de la Cour de cassation a rendu un arrêt réprimant toutes les mutilations génitales sexuelles, au sens de l’article 312-3 du Code pénal.  De fait, l’excision, en France, est considérée comme un crime passible de condamnation devant le tribunal pénal. On citera ainsi, pour mémoire, le procès historique de « Mama Gréou » devant la Cour d’assise de Paris en 1999, accusée d’avoir pratiqué l’excision de 48 fillettes et condamnée à huit ans d’emprisonnement. A ses côtés dans le box des accusés se trouvaient 27 parents, jugés pour avoir fait mutiler leurs filles. Le consentement des familles apparaît en effet comme un élément central de la perpétuation de cette pratique.

            L’étude des causes et conséquences de l’excision nous informe ainsi sur la réalité de cette pratique, et permet la conception de leviers d’actions afin d’éradiquer cette dernière. Néanmoins, tout l’enjeu de cette problématique consiste à trouver un juste équilibre entre le respect des traditions socio-culturelles et la préservation droits fondamentaux tels qu’énoncés à l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, qui dispose que « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Des progrès scientifiques relatifs à la reconstruction vulvaire ont été effectués et permettent désormais aux femmes qui en bénéficient de jouir d’une sexualité entière et d’apprendre à se réapproprier leur corps et leur place au sein de la société. Le docteur Denis Mukwege, chirurgien devenu spécialisé dans cette pratique et désormais surnommé « l’homme qui répare les femmes », a ainsi soigné plus de 50 000 femmes mutilées et excisées depuis 1999.  A une échelle plus globale, il semble évident que l’éducation a un rôle primordial à jouer dans la prévention et la sensibilisation des conséquences désastreuses de cette pratique. La responsabilisation parentale semble également être un levier d’action efficace pour éviter la perpétuation de cette coutume. En effet, les femmes interrogées dans l’ouvrage susmentionné de Louisiane Doré-Miloch expliquaient qu’après avoir pris conscience de leur liberté de choisir quant au fait de faire exciser leurs filles, elles parvenaient désormais à entrevoir la possibilité de s’y refuser.

            Pratique plurimillénaire, l’excision concernait près de 97% des femmes égyptiennes en 2000. La compréhension de ses origines ainsi que la prise en compte de ses conséquences apparaissent comme essentielles à la configuration de moyens d’actions pour cesser de perpétuer cette coutume. Il n’en demeure pas moins que, malgré les progrès effectués, les mutilations génitales féminines demeurent  le reflet d’une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constituent une forme extrême de discrimination à l’égard des femmes. La Journée du Droit des Femmes nous donne ainsi la possibilité d’offrir une plateforme de résonance à la lutte contre cette pratique, visant à faire prendre conscience aux femmes concernées que le choix de refuser de la perpétuer constitue l’un des moyens incontournables pour l’éradiquer.

Par : Margot Bouhnik

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