L’UNESCO et l’éducation, quel bilan ?

Tandis que s’achève la 39e session de la Conférence Générale de l’UNESCO, un retour sur l’engagement de l’Organisation en matière d’éducation s’impose.

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Débat de Politique Générale

      Cette année encore, associations et institutions ont recueilli des chiffres préoccupants qui témoignent de la disparité et de la fragilité des acquis en termes d’éducation. L’Institut de Statistique de l’UNESCO constate effectivement qu’à l’échelle mondiale, le nombre de jeunes ne possédant pas les fondamentaux de lecture, d’écriture et de calcul s’élève à 103 millions, dont 60% sont des femmes. Par ailleurs, rappelons qu’à ce jour, 264 millions d’enfants et d’adolescent en âge d’être scolarisés ne le sont pas. Face à ce constat alarmant, il semblerait très à propos de faire le point sur les engagements et le bilan de l’UNESCO en matière d’éducation, alors même que s’achève la 39e session de sa Conférence générale (qui s’est tenue du 30 octobre au 14 novembre 2017).

      Tous les deux ans, l’Organisation réunit effectivement les délégations de tous ses pays membres afin que soient débattus ses futures orientations ainsi que le budget qui lui sera alloué. Cette année, la tenue de la Conférence générale de l’UNESCO est également l’occasion pour les participants d’exprimer leurs vues et leur expertise sur la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) que s’est fixés l’ONU à l’horizon 2030 et auxquels l’UNESCO a largement adhéré[1]. Parmi les objectifs ciblés par l’Organisation, figurent de nombreuses préoccupations liées à la promotion d’une éducation de qualité (ODD4). Au cours de la conférence du 1er novembre 2017 consacrée au Renforcement de la responsabilité dans la mise en œuvre de l’ODD4[2], l’ancienne directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, a rappelé que les enjeux éducatifs ne concernent pas uniquement l’apprentissage scolaire des plus jeunes. La formation des adultes tout au long de leur vie, au même titre que l’éducation à la citoyenneté, à l’innovation, ou encore aux changements climatiques, est primordiale pour contribuer au développement de générations responsables et sensibilisées aux problématiques de développement. C’est donc un cercle vertueux que souhaite enclencher l’UNESCO en recherchant une collaboration globale entre institutions, gouvernements, professeurs, étudiants et familles, au sein de laquelle l’action des uns soutient les efforts fournis par les autres.

      Afin d’éclairer l’implication concrète de l’UNESCO dans le cadre de cette mobilisation en faveur de l’éducation, prenons quelques exemples de mesures que l’Organisation a conduit pour favoriser l’accompagnement des pays en guerre :

Sur le plan institutionnel, le 2 novembre dernier a marqué le lancement du Cadre stratégique de l’UNESCO pour l’éducation dans les situations d’urgence dans la région arabe (2018-2021) ayant pour but d’aider les États Membres à répondre aux besoins éducatifs en période de crise tout en s’efforçant de respecter les engagements de l’ODD4.

Sur le terrain, les mesures d’aide déployées par l’UNESCO remontent à plus loin. Il est ainsi possible de citer l’action conjointe de l’UNESCO et de l’Institut International de Planification de l’Education (IIPE)[3] qui, depuis 2002 et la chute du régime des Talibans, se sont consacrés au renforcement du système éducatif afghan. Il s’agit tout à la fois de permettre la scolarisation généralisée des enfants, et l’autonomie de l’administration afghane dans la gestion de son système scolaire (formation du personnel, fourniture de matériels levées de fonds). Toutes ces actions ont permis à ce jour, selon Paul Coustère (directeur adjoint de l’IIPE), de multiplier par 9 le nombre d’élèves scolarisés et de permettre à 40% des jeunes filles afghane de se rendre à l’école (contre 1% en 2002).

Enfin, notons que l’UNESCO s’investit également dans la promotion d’initiatives citoyennes en matière d’éducation. C’est ainsi que l’Organisation a décidé de soutenir le photographe Diego Ibarra Sánchez qui, dans son projet « Hijacked Education », a choisi de braquer son objectif sur la réalité de l’éducation en zone de conflits, entre autodafés, destructions des établissements scolaires, et désœuvrement des enfants.

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Lancement du Cadre stratégique de l’UNESCO pour l’éducation dans les situations d’urgence dans la région arabe (2018-2021)

    Si la détermination de l’UNESCO à enrayer les problématiques liées à l’accès à la formation ne peut être qu’applaudie, il ne faut pas perdre de vue les défis que doit encore affronter l’Organisation s’agissant de son efficacité et de sa légitimité.
Aussi faut-il rappeler dans ce sens le succès en demi-teinte des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en matière d’éducation, dès lors que seulement un tiers des gouvernements avait rempli les objectifs de l’Éducation pour tous (EPT) fixés à l’horizon 2015. Ainsi était-il possible de constater, selon les mots d’Irina Bokova, que malgré la réalisation « d’importants progrès », « sur les 73 pays qui affichaient un taux d’analphabétisme inférieur à 95 % en 2000, seuls 17 ont réduit ce taux de moitié en 2015 ». C’est sur la base de ce résultat mitigé qu’est né, en 2016, le nouvel ODD4 qui offre l’opportunité à l’UNESCO de dépasser les difficultés auxquelles elle a dû faire face. Parmi elles, son hésitation quant à la place qu’elle droit prendre dans la multitude des acteurs qui agissent aujourd’hui en faveur de l’éducation. Ainsi que le soulignait l’historienne Chloé Maurel dès 2009, l’UNESCO doit réaffirmer son rôle de coordinateur central des programmes éducatifs face à l’influence croissante des ONG et des institutions financières internationales (FMI, Banque Mondiale, PNUD) qui disposent de ressources bien supérieures aux siennes. Par souci de légitimité, il semble également nécessaire que l’Institution clarifie systématiquement les finalités recherchées de son action, afin de se prémunir contre toute accusation d’immixtion dans les affaires d’un Etat – dans la mesures où l’Organisation participe d’une restructuration de l’administration des pays ciblés par son intervention. Enfin, et comme le suggère l’anthropologue Steven Prigent, il est indispensable que l’UNESCO s’adapte aux spécificités politico-culturelles des pays au sein desquels elle intervient afin de ne pas laisser s’enliser certains de ses programmes dans des conflits de valeurs, et de veiller à ce que les acteurs locaux aient toute latitude pour réaliser leurs missions – là où certains sont encore contraints dans leur action par des tractations politiques.

Crédit Photo © UNESCO/Christelle ALIX

[1] En effet, en septembre 2015, les membres des Nations Unies avaient adopté un programme de développement durable articulé autour de 17 objectifs destinés à lutter contre la pauvreté, les inégalités, et le changement climatique (ce programme fait suite aux anciens Objectifs du millénaire pour le développement).

[2] http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/education/

[3] http://www.iiep.unesco.org/fr/afghanistan-2377?language=en

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