Projection – «Days of Hope» , de Ditte Harrløv Johnsen (le 21/01/2016)

Compte rendu du débat concernant les enjeux migratoires actuels à partir du film « Days of Hope » 

Le 21 janvier 2016, l’Antenne Human Rights a projeté le film Days of Hope sur le thème des parcours des migrants en partenariat avec le Festival international du Film des Droits de l’Homme de Paris. Film récompensé par le prix UNHCR l’année dernière, il dépeint le parcours de personnes, de migrants depuis leur pays natal qui tentent désespérément de rejoindre l’Europe dans l’espoir d’accéder à de meilleures conditions de vie. Ces jours d’espoir, sont vite déçus à leur arrivée en Europe. En effet, ce film montre aussi la difficulté d’accéder à une vie décente, une prise en charge de l’Etat. Un parcours, une lutte qui ne s’arrête pas à l’arrivée en Europe où certains attendent sans fin dans des centres d’accueil.  <<Ceux qui parlent de Droits de l’Homme…ce n’est pas respecté.>> Days of Hope, un film qui dépeint un espoir devenu amère illustré à travers le parcours de ces personnes. Un film poignant nous montrant cette attente insoutenable à laquelle sont confrontés les migrants de nos jours.

Cette Projection a été suivie d’une intervention sur la question du parcours des migrants et des réfugies en Europe, realisée en présence de Madame Marie Martin, chargée de programme Migrations et Asile de l’ONG Euromed Rights et Madame Aliette Chauveau, membre de la commission personnes deracinées d’Amnesty International.

image

L’Avis des deux intervenantes sur le film :

Marie Martin prend la parole en premier. Selon elle, il y avait un gros manque de mise en contexte et une perspective un peu trop caricaturale, notamment avec la scène de l’aïd à la fin du film peu représentative car les migrants de cette région ne sont pas majoritairement de confession musulmane. Le film donne une impression de oisiveté  des migrants et laisse penser qu’ils ne font rien en attendant de partir pour l’Europe. L’intevenante insiste notamment sur le fait que 60% des flux migratoires sont des flux sud/sud. Beaucoup de personnes vont travailler dans des pays voisins, ils ne cherchent pas tous à aller en Europe. Il manque aussi la dimension de l’accueil ainsi que l’interaction des migrants avec les populations locales alors que c’est un aspect important.

Notre seconde intervenante, Aliette Chauveau précise qu’il est important d’insister sur l’attente qui prend une place importante autant avant le voyage qu’après. D’autant plus que c’est un aspect de la migration que nous ne connaissions pas forcément. Au final, ce film permet d’aborder plusieurs questions, dont celle de la religion qui est parfois, voir souvent, source de moteur. Elle permet d’avancer.

Le public pose plusieurs questions, dont celle-ci qui ouvre le débat :

Dans ce film, quels sont les problèmes que fuient les migrants ?

Marie Martin prend la parole en expliquant qu’en Afrique de l’ouest, globalement au nord du Mali, le contexte géo-politique est très tendu, c’est une des raisons pour laquelle les personnes partent. Or, tout le Mali n’est pas concerné par cette situation instable. Alors, quel est le réel motif de départ dans le film ? Madame Martin explique qu’une personne est une myriade de choses et a donc plusieurs raisons de partir de son propre pays. On est dans une situation de profonde désespérance économique et la détresse des personnes qui ne peuvent pas faire vivre leur famille semble être une raison légitime pour partir. Il n’y a pas qu’un problème économique. En effet, il y a d’autres tensions méconnues des médias : régimes autoritaires, despotismes … autant de conflits difficiles à gérer pour les populations locales. L’occident a souvent une idée tronquer de la situation.

image

deuxième question abordée est la question de la mobilité :

L’une des questions fondamentales est celle de l’accès à la mobilité. Au final, qu’est-ce qui nous distingue de ces personnes si ce n’est le pays d’où on vient et la possibilité de se déplacer ? Pour certaines personnes le système des visas est un type de féodalité moderne. Selon là d’où l’on vient le visa coutera plus ou moins cher. Il est très important de garder cette question de mobilité et d’accueil à l’esprit.

La question des centres de premier accueil et de l’intégration :

Réponse des intervenantes. Ces centres sont parfois appelés « hot spot » : centre dans lesquels on fait débarquer les gens qui arrivent par la mer. C’est à ce moment qu’on va faire la distinction entre les personnes qui ont besoin d’une protection internationale et les autres. Les personnes en situation irrégulière et qui n’ont pas besoin de protection devront partir. Le principal problème aujourd’hui est que la « crise des réfugiés » n’a pas été anticipé alors que ce phénomène était prévisible. Il y a un cruel manque de moyens qui auraient du être mis en place. A cause du manque d’accueil les personnes doivent se contenter d’attendre sans avoir aucune possibilité de s’intégrer. A calais, certaines personnes avaient un système légal, étaient légalement reconnues mais encore une fois, à cause du problème d’accueil, ces personnes n’ont pas la possibilité de s’intégrer. Amnesty International se concentre beaucoup sur la question des réfugiés parce qu’il y a clairement aujourd’hui une crise de l’asile sans précédent.

Mais alors, comment mobiliser l’état Français pour qu’il assure la protection de ces personnes ?

Réponse des deux intervenantes. Une réforme a été prévue afin de renforcer les garanties des demandeurs d’asile ainsi qu’une volonté de rendre plus rapide le processus de cette demande. En effet, il y a parfois 2 à 3 ans d’attente avant d’avoir une décision, ce qui mène à de gros problèmes : il est compliqué de renvoyer une personne qui vie dans le pays depuis plusieurs années et qui s’est intégrée. Par exemple, si aujourd’hui, 20 janvier, une personne engage le processus de demande d’asile elle devra attendre mi-mai rien que pour avoir un rendez-vous devant la préfecture. Pendant ce temps d’attente ces personnes n’existent pas aux yeux de l’état français. Dans le cadre de la réforme il y a aussi une allocation pour les demandeurs d’asile. Il a été décidé que cette allocation variera selon la formation familiale : très pratique pour les familles nombreuses mais beaucoup moins pour les personnes isolées. Encore une fois le temps d’attente est très long pour bénéficier de ces allocations et la encore les personnes doivent se contenter d’attendre sans pouvoir s’organiser. On a aussi la volonté du gouvernement d’améliorer les possibilités d’hébergements le temps de la demande d’asile. On est toujours très loin d’un résultat satisfaisant …. C’est pourquoi, en Novembre des associations ont porté plainte contre l’état par rapport aux situations catastrophiques de Calais. L’état a condamné la ville à mettre l’accès à l’eau, à collecter les déchets etc. On a la une première avancée. Il est important de dire que le jugement reconnaît qu’on est dans une situation de traitement inhumain et dégradant. C’est très grave et on on voit à quel point l’accueil est lié à l’installation des gens.                                                                                                        Or, on ne veut pas que le gens s’installent … Mais ce n’est pas en rendant les conditions meilleures que le gens viendront plus et inversement. De nombreuses familles syriennes arrivent en ayant fait deux fois la demande d’asile sans pouvoir l’obtenir. On leur refuse un accès au territoire qui pourrait les protéger alors même que ces personnes sont reconnues comme ayant besoin d’une protection internationale. Des voies légales et sécurisées sont nécessaires. Il faut favoriser le regroupement familial et l’accès à des visas spécifiques afin d’éviter que les personnes ne prennent des risques démesurées pour venir en Europe. Convention de Genève pour la protection des réfugiés : la France s’est engagée et il est vraiment temps quelle prenne ses responsabilités, autant l’état que les citoyens. Les collectifs au niveau local doivent aussi se mobiliser.

image

La question de la différence entre le terme migrant et réfugié :

Pas les mêmes populations. Le droit de quitter son pays a une force contraignante au niveau international mais on inscrit pas le droit de rentrer dans tous pays. En Europe, la convention des droits de l’Homme s’applique à toutes personnes qui est sur le territoire des pays signataires, quel que soit le statut de cette personne. Elles bénéficient donc d’un certain nombre de droits sociaux et économiques. Cependant, certains droits comme le droit de séjour n’existent pas à priori si une protection n’est pas nécessaire et c’est la qu’on parle de réfugié.

Merci de votre présence et de votre lecture ! Nous esperons vous voir aux prochaines projections-débats!

Compte-rendu écrit par Anouk BRUNDU-BULL et Diane AMARA.

 

Publicités

Colombie/Venezuela : Les impacts humanitaires lorsque deux voisins se divisent

Alors que l’Europe est absorbée par la crise des réfugiés ; en Amérique du Sud, il se déroule simultanément une crise frontalière qui déplace et bloque des milliers d’adultes et d’enfants colombiens. Combien d’entre nous n’hésiterait pas à se déplacer à la recherche d’une meilleure vie ? Ou pour fuir le danger ? Il est dans la nature de l’être humain de se déplacer pour trouver de meilleures conditions de vie – pour lui et pour ses êtres chers. C’est le cas de milliers de colombiens qui, à cause du conflit, des catastrophes naturelles ou pour des raisons économiques ont migré pendant des décennies vers le Venezuela. Aujourd’hui, selon l’OCHA (Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU) environ 22000 personnes qui se trouvaient en situation irrégulière sur le territoire vénézuélien (des migrants, des réfugiés et des demandeurs d’asile) ont été déportées ou sont retournées en Colombie dans la crainte d’être expulsé. D’autres personnes craignent un retour aux conflits pour lesquels elles avaient décidé de quitter leur pays natal. Des familles ont été arbitrairement séparées et des propriétés ont été démolies. Bien qu’il ne s’agisse pas du premier conflit entre les deux pays, il a provoqué une crise humanitaire de grande envergure où les droits de l’Homme ont été systématiquement violés.

La crise entre les deux pays a débuté le 19 août 2015 lorsque le président de la République du Venezuela, Nicolas Maduro a décrété la fermeture du passage frontalier entre le département de Táchira et le département colombien Norte de Santander. Le Venezuela a progressivement fermé les passages officiels dans quatre des six départements qui bordent la Colombie. Les conséquences sociales ont été dévastatrices non seulement pour les déportés mais aussi pour ceux qui devaient traverser la frontière pour d’autres raisons vers le territoire colombien. En effet, nombreux subissaient, selon les témoignages, des actes de discrimination et de persécution de la part des autorités, principalement de la Garde Nationale Bolivarienne (GNB), mais aussi de la part de particuliers.

Contexte de la crise : un conflit diplomatique entre deux patries sœurs.

La Colombie, l’Equateur et le Venezuela sont trois nations sœurs issues de la Grande patrie de Bolivar (Grande-Colombie) née lors de l’indépendance d’une partie de l’Amérique du Sud vis-à-vis de l’Espagne. Les rivières qui unissaient les peuples et l’hétérogénéité des cultures sont utilisées aujourd’hui comme murs qui isolent. Aujourd’hui, au 21ème siècle, les conséquences de cela sont de nombreux migrants et réfugiés à la recherche d’opportunités qui leur sont niées dans leur pays. L’objectif commun des migrants des trois sœurs est de quitter le pays à la poursuite d’un refuge pour échapper aux guerres sanglantes, à la faim, à l’exil, à l’exclusion et aux conflits. Ce sont ces nouvelles réalités de déplacement et leurs violences qui détruisent la solidarité. On a inculqué la haine, la xénophobie et  la passion de la guerre aux nations sœurs. Un nouveau conflit entre deux d’entre elles aggrave des tensions qui ont existé de manière intermittente au cours de l’histoire.

La décision de la fermeture indéterminée des routes frontalières a été prise en conformité à l’état d’exception décrété par le président Maduro, élu depuis 2013, suite à un attentat armé contre deux militaires et un civil vénézuéliens. Cet attentat a été attribué à un présumé groupe de paramilitaires[1] colombiens. Cependant, le président insiste sur les causes de cette mesure, à savoir la crise économique et l’insécurité à la frontière avec la Colombie, causes qui auraient été introduites par le paramilitarisme et la délinquance en provenance colombienne. La contrebande est en plein essor le long de la frontière Colombie-Venezuela de 2219 kilomètres de long. Les produits de première nécessité, l’essence et les munitions sont introduites clandestinement en provenance de Venezuela en Colombie. Tandis que la cocaïne est transportée dans le sens inverse. Comment concilier d’un côté la souveraineté des Etats et le respect des droits de l’Homme ? C’est un débat sans fin et il a pris une ampleur majeure depuis quelques années.

Il est important de remarquer que bien que les deux pays aient souvent eu une relation conflictuelle, les citoyens des deux pays, notamment à la frontière ont forgé des liens maritaux, de parenté et d’interdépendance économique. Selon la Division de Populations de l’ONU 820000 colombiens résidaient au Venezuela en 2013. Une rupture frontalière ne pourrait pas rompre des liens solides comme ceux de l’institution familiale. Dans ce type de conflit, ce sont les familles, les enfants et les plus démunis qui en subissent les conséquences.La fermeture des frontières entre la Colombie et le Venezuela a eu un impact sur la dynamique social qui,, historiquement est caractérisée par un libre flux de personnes. Les accès à la santé, à l’éducation, au travail, aux biens et services des milliers de personnes ont été bloqués aboutissant ainsi à une crise humanitaire d’une ampleur importante.

Les expulsions : une multiplicité des droits violés

« La plus grande violation encourue par les Etats est d’empêcher que les sœurs restent unies ». Manuel Humberto Restrepo Domínguez, journaliste colombien.

La CIDH (Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme) a sollicité l’autorisation de la République Bolivarienne et de la République Colombienne à faire une visite afin de contrôler la situation en ce qui concerne les droits humains des victimes. Seul le gouvernement colombien a répondu positivement, et la visite de contrôle s’est fait sur le territoire de ce dernier. Plusieurs violations des droits de l’Homme, notamment d’expulsions collectives ont été identifiées. L’intégrité physique des hommes et des femmes a été touchée ; de nombreuses familles ont été systématiquement séparées et des maisons complètement détruites. Plusieurs personnes ont été dépossédées de leur domicile et de leurs affaires personnelles. Adultes et enfants ont été retenus arbitrairement et leur protection judiciaire n’a pas été respectée. Ainsi, les libertés fondamentales inhérentes à tout être humain, ont été violées pendant ces expulsions.  » Une expulsion est un terme générique pour toute action ou omission à travers laquelle un Etat provoque l’abandon d’un étranger de son territoire contre sa volonté. Les expulsions peuvent être directes ou indirectes. Une expulsion directe est le résultat d’une procédure formelle de l’Etat lorsque la personne ne se trouve pas en situation migratoire régulière ou parce qu’elle a commis un délit ou acte illégal. Si cette expulsion se fait en garantissant une procédure Régulière est un mécanisme valide conforme le Droit International  » (International Law Commission, Draft Articles on the Expulsions of Aliens’ (2014) ILC Yearbook 2011 Vol. II Parte II.).

Lors de la visite, le CIDH a enregistré de nombreuses dénonciations de la part des expulsés qui ont vu leurs droits bafoués. Parmi les personnes qui ont témoigné ; 623 assuraient avoir été agressées physiquement et verbalement ; 203 ont vu leurs maisons démolies ; 187 affirment que le gouvernement a retenu ou détruit leurs documents d’identité. Le Commission a détecté 106 cas de privations de liberté, 6 cas de violence sexuelle, 2 réfugiés et 2 demandeurs d’asiles déportés. Une des victimes a dit à un journaliste de BBC : « ils ont mis une lettre D sur la porte de ma maison, ils m’ont sorti et j’ai dû sortir avec ce que j’avais sur moi ». Ce type de témoignage est  fréquent selon le journal. Nous de devrions pas laisser passer ces expulsions massives mût par des mécanismes violents qui dégradent l’humain et font disparaître toute liberté.

Expulsions collectives

Selon différents témoignages donnés au CIDH, la Garde Nationale Bolivarienne frappait ou faisait tomber les portes des maisons, demandait les documents d’identités afin de les identifier comme nationaux colombiens. Dans ce cas, ils étaient amenés dans un terrain vague où ils pouvaient restés débout pendant au moins 12 heures et sous le soleil. Finalement, ces colombiens ont été déplacés au pont International Simon Bolivar et ont été expulsés en masse du territoire vénézuélien. La Commission dénonce le caractère arbitraire et collectif des déportations. L’Etat vénézuélien est dans l’obligation d’analyser individuellement les déportations. Le CIDH insiste sur le fait que ce type d’expulsion en masse est contraire au Droit International et que « la déclaration d’un état d’exception ne peut pas abroger l’interdiction des expulsions collectives ». De plus, elles génèrent automatiquement d’autres violations aux droits de l’Homme et elles impliquent occasionnellement l’expulsion des nationaux, résidents ou personnes en nécessité de protection internationale comme les nombreux enfants des Colombiens nés au Venezuela. Il ne s’agit pas que d’expulsions visant directement les Colombiens qui résidaient sur le territoire. Chaque situation migratoire doit être analysée individuellement, et prendre en compte les liens conjugaux et sanguins construits sur le territoire. Dans le cas contraire, on risque des amalgames qui doivent être évités à tout prix.

Déportations de demandeurs d’asile et de réfugiés

« L’élément essentiel du statut des réfugiés et de l’asile est la protection contre le retour dans un pays où l’intéressé a des raisons de craindre la persécution. Cette protection s’exprime dans le principe du non-refoulement qui est largement accepté par les Etats », UNCHR.

A cause du manque d’accès effectif aux demandes d’asile au Venezuela, beaucoup de Colombiens se trouvent en situation irrégulière contre leur gré. Avec la collaboration du Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC), le CIDH a identifié plus de 400 colombiens expulsés directement ou indirectement qui indiquent avoir commencé une procédure de demande d’asile au Venezuela ou avoir été reconnus en tant que réfugiés. Ce n’est pas seulement le cas pour le statut de réfugié. Selon l’UNHCR (l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés), environ 170000 des colombiens nécessitent une protection internationale au Venezuela. Il est important de noter qu’il existe une procédure régulière pour effectuer une déportation. Le CIDH a indiqué que les expulsions arbitraires et collectives ne se font pas selon la procédure régulière pour chaque individu déporté. Selon la Loi d’Etrangers et Migrants, une procédure administrative doit être établie contre la personne qui se trouve en situation irrégulière au Venezuela. Cette procédure doit  se faire après notification, une audience doit être prévue auprès d’un tribunal administratif et la décision finale doit pouvoir être contestable. Il est clair qu’aucun des déportés n’a jouit d’une de ces étapes. Effectivement, le CIDH a déclaré l’absence totale de ces garanties dans les dernières déportations d’août 2015. Selon l’information fournie par l’OCHA, parmi la totalité des déportés et de retournés, il y 150 cas de demandeurs d’asile et de réfugiés colombiens reconnus. Quelques personnes affirment avoir montré des documents de demande d’asile ou des documents qui les identifiaient en tant que réfugiés mais que ceux-ci ont été violemment détruit par la GNB. La Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme estime essentiel de rappeler aux Etats le principe de non refoulement ; ils ne doivent pas expulser ou rapatrier les réfugiés et les demandeurs d’asile sur un territoire où leur vie et liberté sont en danger. De plus, le Droit International de Droits de l’Homme établie le non-refoulement comme « composant fondamental de l’interdiction absolue de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants ». La République de Venezuela a adhéré au Protocole de 1967 à la Convention sur le statut des Réfugié qui affirment ces droits.

Droit à la vie privée et familiale ; protection des enfants

Une des dénonciations les plus fortes à l’égard des déportations, notamment de la part l’ONU, est la violation au droit à la vie privée et familiale en ce qui concerne les droits des enfants. La CIDH a constaté que beaucoup des personnes déportées et retournées étaient des familles avec des enfants, des nouveau-nés et des femmes enceintes dont quelques unes ont accouchés dans des auberges. Plusieurs personnes étaient de nationalité vénézuélienne en particulier des enfants. D’autres ont assuré avoir vécu plus de 40 ans au Venezuela. D’abondantes informations sur des séparations familiales ont été indiquées auprès de la Commission. Notamment, de mères et de pères qui ont été séparés de leurs enfants, mineurs dans certains cas. Au fur et à mesure que des entretiens se réalisaient, de plus en plus de femmes assuraient avoir été menacées par la GNB d’enlever leurs enfants en exclamant « ces enfants sont de la patrie ! ». Les dynamiques familiales sont radicalement frappées, la souffrance, l’anxiété que subissent les membres des familles séparées est incommensurable. Et comme toujours, les enfants sont les plus affectés dans ces conflits. Le CIDH réclame le respect du principe de la supériorité de l’intérêt de l’enfant des migrants, avant tout. Pourtant, nombreux enfants ont été séparés de leur famille.

Droit à l’intégrité du domicile et de la propriété privée : « D » à démolir ou « R » révisée

« Ils ne respectent les droits de personne et ils démolissent les maisons avec tout ce qui est à l’intérieur », déclare une femme de 33 ans auprès des journalistes de BBC monde. Elle assure que sa maison située dans un quartier du département de Tachira, Venezuela, a été démolie. Les maisons qui ont été marquées avec un « D » sont prêtes à être démolies et  celles avec un « R » à être révisées par la Garde nationale. Des propriétés privées et l’argent de certaines personnes ont été volés par la Garde Nationale Bolivarienne. Cette dernière a, selon plusieurs témoignages, atteint à l’intégrité physique des adultes mais aussi des enfants. D’un autre côté, d’autres personnes ont assuré qu’elles n’ont pas été maltraitées de manière physique. Les opérations migratoires qui se sont déroulées n’ont pas permis à de multiples personnes de récupérer leur document d’identités ou leurs objets personnels. D’où, de nombreuses difficultés lors des enregistrements à l’arrivée en Colombie. Ces opérations sont une privation illégale et arbitraire de propriété qui, dans certains cas, ont été détruits. La Commission réclame aux Etats de garantir le déroulement des contrôles migratoires pour qu’ils aient lieu en  respect des droits à la vie, l’intégrité physique et psychologique. Les violences sexuelles sont inacceptables, pourtant, 6 cas ont été recensés. Il s’agit de la forme la plus aberrante et grave de violence dû à la vulnérabilité vis-à-vis de l’agresseur dans cette situation.

Discrimination  des Colombiens de la part de la Garde bolivarienne et des civils.

Plus de 20000 personnes ont voulu retourner de manière « volontaire » sur le territoire colombien lors de la déclaration de l’état d’exception et de la fermeture des frontières.  Connaissant les conditions atroces d’expulsions de leurs compatriotes, de nombreuses familles ont décidé de traverser la frontière par peur. Le gouvernement à identifier divers quartiers avec une communauté majoritairement d’origine colombienne. Tel est le cas du quartier l’ « Invasion » où 80% de la population est colombienne. Ce sont ces lieux qui ont été expressément ciblés par le gouvernement de Maduro. En août plus de 1500 soldats ont été déployés dans ces zones frontalières, selon la CIDH. Les militaires recherchent expressément des colombiens en situation irrégulière. La Commission dénonce le caractère discriminatoire et inégalitaire des opérations migratoires. Le harcèlement ne provenait pas seulement des autorités vénézuéliennes mais aussi des particuliers. Une discrimination accrue envers les Colombiens se faisait sentir fortement à la frontière. La moitié des personnes interviewées justifient leur retour par l’impossibilité d’acheter des aliments ou d’accéder aux services de santé. Ils ont été insultés par la force armée mais aussi par des particuliers pour être Colombiens. Ils sont jugés de paramilitaires, narcotrafiquants et d’être tous à l’origine des crises économique, sociale et de sécurité qu’affrontent aujourd’hui les vénézuéliens. De ce fait l’OCHA et le CIDH demande à l’Etat vénézuélien de respecter leurs obligations en matière des Droits de l’Homme. Le président Maduro doit permettre la réunification familiale ; la restitution des biens et documents d’identité, dans le cas échéant, une indemnisation des personnes affectées pour perte et destruction de leurs biens. Ces organisations internationales réclament de même l’arrêt immédiat d’expulsions arbitraires, et l’adoption des procédures régulières de migrations en fonction de chaque circonstance et de manière individuelle. Le gouvernement doit prendre les mesures nécessaires afin de garantir la dignité humaine et n’utiliser que de manière exceptionnelle la détention migratoire. Cependant, le président Maduro a prorogé l’état d’exception jusqu’à la fin du mois de décembre 2015. La solution est encore lointaine…

Aujourd’hui, on le voit partout dans le monde, comment une poignée d’actions faites par un nombre marginal des personnes provoquent des conséquences qui sont subies par la grande majorité souvent vulnérable et incapable de se défendre. Cette vulnérabilité n’est pas toujours due à l’impuissance mais à l’ignorance. A l’ignorance qu’ont les individus de leurs droits et de leurs pouvoirs en tant que tel. Plus les hommes et femmes seront conscients de ce qui leur est acquis en tant qu’humain, plus la capacité à se défendre ou à défendre les autres sera forte.

Sources :

  • Colombia border crisis: situation report #3, UNICEF (22 September 2015)
  • Colombia – Situación de Frontera Cúcuta (Norte de Santander) Flash Update No. 1 (23/08/2015)

[1] Le paramilitarisme en Colombie désigne des groupes civiles et armés que se sont organisés pendant les années 80 afin de combattre les guérillas en alliance avec le trafic de drogue et quelques unités militaires.